Birmanie : Sommet asiatique, escalade des violences… Le point sur les derniers événements

crise Le sommet des pays de l’Asie du Sud-Est s’ouvre ce mardi avec en ligne de mire les violences qui se poursuivent en Birmanie

20 Minutes avec AFP
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Le général Min Aung Hlaing, chef du conseil militaire, inspecte un défilé marquant la 78e journée des forces armées de Birmanie à Naypyitaw, le 27 mars 2023.
Le général Min Aung Hlaing, chef du conseil militaire, inspecte un défilé marquant la 78e journée des forces armées de Birmanie à Naypyitaw, le 27 mars 2023. — Aung Shine Oo/AP/SIPA

Tous les regards en Asie du Sud-Est se tournent vers la Birmanie à l’heure du sommet de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean). Au premier jour de ce rendez-vous qui réunit les Philippines, l’Indonésie, la Malaisie, Singapour, la Thaïlande, le Brunei, le Vietnam, le Laos, la Birmanie et le Cambodge, ces pays membres se trouvent « devant un choix décisif », a averti mardi un haut responsable indonésien. Le régime militaire issu du putsch de février 2021 qui a mis fin à la parenthèse démocratique initiée par le gouvernement élu d’Aung San Suu Kyi s’enfonce dans la violence. Le conflit entre l’armée et ses opposants politiques et ethniques a déjà fait plus de 3.400 morts tandis que plus de 21.000 personnes ont été arrêtées. Le point sur une effroyable crise politique et humanitaire.

Un sommet sous tension

L’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean), critiquée pour son inaction, a tenté de résoudre la crise par la voie diplomatique. Mais les efforts du groupe de dix pays ont été vains jusqu’à présent, alors que la junte birmane ignore les condamnations internationales et refuse de parler avec les opposants au régime militaire. La Birmanie reste membre de l’Asean mais s’est vue interdire la participation aux réunions de haut niveau à cause de son échec à appliquer un plan de paix.

Mi-avril, des attaques aériennes meurtrières dans la région de Sagaing, au centre de la Birmanie, ont fait au moins 170 morts dont de nombreux enfants. Cette escalade des violences a renouvelé les pressions pour que l’Asean passe à l’action, faute de quoi le bloc risque d’être marginalisé. « Crise après crise, la force de notre communauté est mise à l’épreuve. Un échec risque de nous faire perdre toute pertinence », a lancé Mahfud MD, le ministre indonésien coordinateur des Affaires politiques, de la Justice et de la Sécurité, selon une transcription d’un discours dans lequel il place la Birmanie en tête des questions urgentes.

La pression sur l’alliance régionale s’est encore accentuée après qu’un convoi transportant des diplomates et des responsables apportant de l’aide humanitaire fournie par l’Asean a été pris dimanche dans des échanges de tirs dans l’Est de la Birmanie. L’incident est survenu juste avant le sommet, organisé jusqu’à jeudi sur l’île indonésienne de Flores et au cours duquel les dirigeants de 10 pays de la région vont tenter de relancer un plan en cinq points visant à mettre fin aux violences en Birmanie.

Accusation de crime de guerre

L’expression de « crime de guerre » sera-t-elle employée par l’Asean ? L’ONG Human Rights Watch accuse en tout cas la junte militaire birmane de s’en être rendue coupable. Elle aurait utilisé une « bombe à vide » lors d’une frappe aérienne sur un village qui a fait au moins 170 morts en avril. Cette attaque a provoqué un tollé international. Une bombe à vide, ou « thermobarique », est une arme qui génère deux explosions : la première répand un gaz et la seconde l’enflamme, créant une grosse boule de feu qui aspire tout l’oxygène dans la zone d’effet et génère une très forte onde de choc.

Human Rights Watch a dit s’être appuyé sur 59 photos des dépouilles de victimes et sur une vidéo du lieu d’impact pour conclure à l’utilisation d’une bombe à vide. Son explosion a causé « des pertes civiles disproportionnées […] et relève d’un apparent crime de guerre », a estimé l’organisation.

La junte a confirmé être à l’origine de la frappe, mais a soutenu qu’elle visait un rassemblement d’opposants armés, et assuré que des combattants anti-coup d’Etat en uniforme figuraient parmi les victimes. Human Rights Watch a appelé le Conseil de sécurité des Nations Unies à imposer un embargo sur la Birmanie, à traduire la junte devant la Cour pénale internationale (CPI) et à prononcer des sanctions financières contre elle.

Des libérations de prisonniers mais pas de « concession »

La semaine dernière, la junte birmane a pourtant fait un geste en faveur de prisonniers condamnés pour dissidence. Quelque 2.153 prisonniers ont été amnistiés. Ce n’est toutefois pas un signe de relâchement de la répression, mais davantage un geste rituel à l’occasion d’une fête bouddhique. L’armée a assuré agir pour « la paix dans l’esprit de la population et sur des bases humanitaires ». La junte a annoncé plus tard dans un communiqué que 38 détenus qui avaient été condamnés à la peine capitale verraient leur peine commuée en emprisonnement à perpétuité. Elle n’a pas donné de détails.

Le pouvoir a l’habitude d’annoncer des amnisties de grande ampleur pour marquer des fêtes nationales ou bouddhiques. « Chaque libération de prisonniers est, bien sûr, une bonne nouvelle pour les personnes concernées et leurs familles, mais cela ne représente pas une concession de la part du régime », tempère Richard Horsey, analyste auprès de l’International Crisis Group. « C’est un rituel de libérer des prisonniers lors de fêtes bouddhiques, mais des milliers de prisonniers politiques restent incarcérés pour leur opposition au régime, et les arrestations se poursuivent », développe-t-il.