20 Minutes : Actualités et infos en direct
« 20 minutes » avec« La monarchie britannique n’est pas apolitique »

Couronnement de Charles III : « La monarchie attire des touristes mais Versailles n’a pas de mal à le faire non plus ! »

« 20 minutes » avecLaura Clancy, autrice d’un livre sur les finances de la famille royale britannique, revient pour « 20 Minutes » sur la complexité d’appréhender la réelle fortune du nouveau roi
L'héritage laissé par la reine Elisabeth II à ses enfants est secret, rappelle Laura Clancy, une chercheuse britannique qui travaille sur la fortune de la famille royale.
L'héritage laissé par la reine Elisabeth II à ses enfants est secret, rappelle Laura Clancy, une chercheuse britannique qui travaille sur la fortune de la famille royale. - Laura Clancy / Laura Clancy
Mathilde Cousin

Mathilde Cousin

L'essentiel

  • Tous les vendredis, 20 Minutes propose à une personnalité de se livrer sur son actualité dans son rendez-vous « 20 Minutes avec ».
  • Laura Clancy, autrice de Diriger l’entreprise familiale : Comment la famille royale manage son image et son argent, revient sur la complexité de la fortune de la famille royale et de son financement public.
  • Alors que le roi Charles III doit être couronné samedi, des voix s’élèvent au Royaume-Uni contre le financement public de l’événement.

Son coût est encore inconnu. Pourtant, un Britannique sur deux pense que le couronnement du roi Charles III, qui se déroulera en grande pompe samedi à Londres, ne doit pas être financé par les contribuables, selon un sondage publié le 18 avril. Le roi devrait-il et pourrait-il payer la cérémonie de sa poche ? Avant le sacre, les journaux britanniques ont sorti la calculatrice : le Times estime la fortune du fils d’Elisabeth II à 600 millions de livres, tandis que le Guardian l’estime au triple, à 1,8 milliard de livres.

Aucune publication officielle n’a jamais donné la fortune du souverain britannique, qui est difficile à calculer, impliquant de séparer revenus de la couronne et revenus privés. Laura Clancy, chercheuse à l’université de Lancastre au Royaume-Uni et autrice de Running the family firm : how the royal family manages its image and money* (Diriger l’entreprise familiale : Comment la famille royale manage son image et son argent), revient pour 20 Minutes sur la complexité de la fortune de la famille royale.

Pourquoi est-il important de s’intéresser aux finances de la monarchie britannique ?

C’est important parce que les gens n’en ont pas [des informations]. Tout le monde ne sait pas comment ils sont financés, d’où viennent ces financements et quelles en sont les différentes formes, parce que cela est assez difficile à comprendre. Il est difficile de s’y retrouver, parce qu’il existe de nombreuses sources.

La presse dépeint parfois cette question avec des gros titres qui disent que le coût de la monarchie est de 1,29 livre par contribuable. Or, si on considère la situation dans son ensemble, ce n’est pas si simple. Je pense qu’il est important d’en parler pour se rendre compte de l’étendue de l’institution.

Comment le roi est-il financé ?

Pour le monarque, il y a une séparation entre le patrimoine privé de l’individu, c’est-à-dire ce que la reine ou Charles possèdent personnellement, et ce qu’il possède en tant que monarque. Celui-ci est financé par l’allocation souveraine, calculée à partir d’un pourcentage des revenus du domaine de la Couronne par rapport au portefeuille foncier du domaine de la Couronne. Ils reçoivent donc un certain pourcentage de ces revenus. Ce pourcentage fluctue énormément. Cela finance leur travail officiel, leur personnel et tout le reste [l’entretien des résidences officielles du souverain].

Ensuite, il y a l’argent du duché de Lancastre, qui appartient au monarque en tant que duc de Lancastre. Ce duché finance leur fortune privée, leur influence personnelle, d’une certaine manière, car ils ne reçoivent pas de salaire. Et puis il y a d’autres sources de financement. La sécurité, par exemple, est financée par le ministère et les voyages à l’étranger sont payés par le Foreign Office [le ministère des Affaires étrangères].

Il est logique que les voyages à l’étranger de la famille royale soient payés par le Foreign Office, car ils se déplacent à la demande du gouvernement…

Oui. Il y a aussi leurs déplacements dans des villes [au Royaume-Uni] : là, les autorités locales paient. Quand on dit que l’allocation souveraine finance leur travail officiel, elle en finance une partie, pas tout.

Qui finance les dépenses privées du roi Charles ?

Cela vient principalement de leur richesse [en plus des revenus du duché de Lancastre]. Nous ne savons pas ce que la reine a transmis [à ses enfants en héritage], mais on imagine qu’elle a transmis des chevaux, des bijoux… Par ailleurs, certaines propriétés sont détenues personnellement par les souverains. Certaines, comme Buckingham Palace, appartiennent à la Couronne, mais Balmoral, par exemple, est une propriété privée.


L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies


L’héritage laissé par la reine n’est pas public. Nous ne savons pas combien Charles, ses frères et sa sœur ont reçu.

Comme ce sont des monarques, ils ont une exemption, qui signifie que leurs testaments sont secrets. Celui du prince Philip n’a pas été rendu public. Il y a eu un article, il y a des années, qui avançait que si les testaments restent secrets, c’est parce que la famille royale ne veut pas que l’étendue de sa richesse soit publique.

Ils ne paient pas non plus d’impôts sur la succession…

Ils sont exemptés de certains actes du parlement, qui incluent quelques-unes des lois sur les impôts. Ils ne sont donc pas non plus assujettis à l’impôt sur le revenu, techniquement, bien qu’ils le paient volontairement en contrepartie [du versement de l’allocation souveraine]. Mais ils ne sont pas légalement tenus de le payer.

Le duché de Lancastre, dont vous décrivez dans votre livre un fonctionnement similaire à celui d’une entreprise, ne paie pas d’impôts sur les sociétés.

Il fonctionne comme une entreprise, mais n’en est pas une, parce qu’il appartient à la Couronne. Tout ce qui appartient à la Couronne est considéré lui appartenir au nom du public [les citoyens britanniques].



La monarchie britannique emploie du personnel, ils font venir des touristes. N’est-ce pas une bonne chose pour l’économie ?

Ils attirent des touristes, mais le palais de Versailles n’a pas de mal à en faire venir non plus ! S’il n’y avait plus de monarchie et qu’il restait Buckingham palace, celui-ci pourrait être ouvert toute l’année. Actuellement, il n’est ouvert qu’en août. Techniquement, ils ratent de l’argent.

En 2021, le Guardian a révélé que la reine avait utilisé une procédure lui permettant d’être consultée sur des projets de loi qui la concernent. La procédure est peu connue, et pendant longtemps on a pensé que la reine n’intervenait pas, mais il a été démontré qu’elle le faisait pour obtenir des changements en sa faveur.

Par exemple, quand cela touche les terres de la famille royale, ils peuvent avoir leur mot à dire. Il y a beaucoup de riches propriétaires terriens au Royaume-Uni, à cause de l’aristocratie, mais ils n’ont pas leur mot à dire. Cette procédure est donc un pas au-dessus. On parle beaucoup de l’apolitisme de la monarchie, ces choses montrent que ce n’est pas nécessairement le cas.

En 1992, quand la reine a demandé une aide financière pour reconstruire le château de Windsor après un incendie, il y a eu un tollé. En revanche, l’allocation souveraine pour 2021 et 2022 comprenait 34 millions de livres pour restaurer Buckingham Palace. Au total, ce sont 370 millions de livres qui vont être versés pendant dix ans. Cette fois-ci, cela n’a pas soulevé un tollé. L’humeur publique envers la monarchie a-t-elle changé ?

Il y a eu des sondages très intéressants cette semaine sur le fait que les gens ne sont pas satisfaits du coût du couronnement. Les choses commencent à changer. Je ne dis pas que tout le monde va devenir républicain, mais je peux certainement voir un léger changement, et je pense que, peut-être, la mort de la reine a bouleversé le statu quo. Nous les [la famille royale] avions en quelque sorte acceptés, ils étaient là. La mort de la reine a remis [en public] le débat sur l’idée de l’héritage et de la transmission par népotisme. D’une certaine manière, cela a permis aux gens d’être à nouveau conscients et de soulever ces questions alors que, pendant de nombreuses années, ils ont simplement laissé passer les choses et n’y ont pas pensé.

Les gens disent : « ouais, eh bien, c’est comme ça » [elle lève les épaules d’un air résigné]. La famille royale, « c’est l’histoire, c’est l’identité nationale ». Mais les sondages montrent que les gens n’aiment pas vraiment Charles et qu’ils aimaient la reine. Il y avait un certain attachement à la reine, ce qui n’est pas le cas avec Charles. Je ne dis pas que nous serons une République demain. Je ne le pense pas. Mais je pense que le vent va tourner.

* Le livre est paru en septembre 2021 aux éditions Manchester University Press.

Sujets liés