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guerreLe Soudan s’enfonce dans une crise à « une vitesse sans précédent »

Conflit au Soudan : la trêve n’est pas respectée et le pays s’approche du « point de rupture »

guerreAlors que rien ne semble pouvoir arrêter les combats, les Soudanais se retrouvent confrontés à des pénuries d’eau, de nourriture et d’électricité
Des réfugiés soudanais font la queue près d'Echbara pour recevoir des kits d'aide le 30 avril 2023.
Des réfugiés soudanais font la queue près d'Echbara pour recevoir des kits d'aide le 30 avril 2023.  - Gueipeur Denis SASSOU/AFP  / AFP
20 Minutes avec AFP

20 Minutes avec AFP

La trêve entre armée et paramilitaires n’y fait rien… La situation humanitaire au Soudan est proche du « point de rupture » affirme l’ONU tandis que des raids aériens et des explosions ont de nouveau secoué la capitale Khartoum lundi, malgré l’annonce d’une pause dans les combats

Les affrontements qui ont fait des centaines de morts ont éclaté le 15 avril entre les deux généraux aux commandes du pays depuis leur putsch de 2021, piégeant des millions de Soudanais.

« L’échelle et la vitesse à laquelle se déroulent les événements au Soudan (sont) sans précédent », a estimé dimanche l’ONU, qui a dépêché dans la région son responsable pour les affaires humanitaires, Martin Griffiths.



Reprise des activités du PAM

« Je suis en route (…) afin d’étudier comment nous pouvons apporter une aide immédiate » aux habitants, a déclaré Griffiths, pour qui la « situation humanitaire atteint un point de rupture » dans le pays, l’un des plus pauvres du monde.

Le pillage massif des bureaux et des entrepôts humanitaires a « épuisé la plupart de nos stocks », a-t-il dit. Malgré tout, dans un pays où un tiers des habitants souffraient de la faim avant la guerre, le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé « lever immédiatement la suspension de ses activités », ordonnée après la mort de trois de ses employés.

Cessez-le-feu non respecté

Le chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhane, et le patron des paramilitaires des Forces de soutien rapide, Mohamed Hamdane Daglo, dit Hemedti, avaient accepté de prolonger dimanche à minuit le cessez-le-feu de trois jours, après une « médiation des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite », selon l’armée soudanaise.

Mais depuis le début du conflit, plusieurs trêves ont été annoncées avant d’être aussitôt violées. Selon les experts, elles signifient uniquement que les couloirs sécurisés pour les évacuations des étrangers sont maintenus et que les négociations, qui ont lieu à l’étranger, se poursuivent. Jusqu’ici, les deux généraux refusent des négociations directes.

Les combats ont fait 528 morts et 4.599 blessés, selon des chiffres officiels largement sous-évalués. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est parvenu dimanche à faire atterrir à Port-Soudan, à 850 kilomètres à l’est de Khartoum, un premier avion chargé de huit tonnes d’aide. Cela ne soignera que « 1.500 blessés », a-t-il prévenu.

L’ONU a recensé 75.000 personnes déplacées à l’intérieur du pays. Au moins 20.000 ont fui vers le Tchad, 6.000 vers la Centrafrique et des milliers d’autres vers le Soudan du Sud et l’Ethiopie. Au total, jusqu’à 270.000 personnes, selon une estimation de l’ONU, pourraient fuir les combats qui touchent 12 des 18 Etats de ce pays de 45 millions d’habitants.

« Situation intenable »

Les habitants de la capitale, quand ils ne fuient pas, restent barricadés, essayant de survivre malgré les pénuries de nourriture, d’eau et d’électricité. L’Etat de Khartoum a donné « congé jusqu’à nouvel ordre » aux fonctionnaires, tandis que la police assure se déployer pour prévenir les pillages.

La plupart des hôpitaux du pays sont hors service. Pour ceux fonctionnant encore, « la situation est intenable » car le matériel manque, a affirmé à l’AFP Majzoub Saad Ibrahim, médecin à Ad-Damir, au nord de Khartoum. Alors que le drame humanitaire s’aggrave, l’ONG Médecins sans frontières (MSF) a arrêté « la quasi-totalité de (ses) activités » à cause des violences.

La guerre a fait environ 300.000 morts et près de 2,5 millions de déplacés, selon l’ONU. Les Janjawid ont officiellement donné naissance en 2013 aux FSR, supplétifs paramilitaires de l’armée. Les généraux Burhane et Daglo avaient fait front commun lors du putsch de 2021 pour évincer les civils avec lesquels ils partageaient le pouvoir depuis la chute de Béchir en 2019. Mais des divergences sont ensuite apparues et, faute d’accord sur l’intégration des FSR dans l’armée, ont dégénéré en guerre ouverte.

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