Le droit à l'avortement en danger au Canada?

CANADA C'est ce que redoutent plusieurs associations...

Avec agence

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Le gouvernement minoritaire conservateur canadien se maintiendra au pouvoir au moins à court terme, grâce à un appui conditionnel du parti libéral qui écarte la perspective de prochaines élections et met fin à un projet de coalition de l'opposition.
Le gouvernement minoritaire conservateur canadien se maintiendra au pouvoir au moins à court terme, grâce à un appui conditionnel du parti libéral qui écarte la perspective de prochaines élections et met fin à un projet de coalition de l'opposition. — David Boily AFP/Archives

Plusieurs ONG redoutent que le droit à l'avortement au Canada ne soit remis en question par le gouvernement conservateur de Stephen Harper via un arsenal législatif qui limiterait les droits de femmes.

«L'avortement est plus menacé que jamais», estime Alexa Conradi, la directrice de la Fédération des Femmes du Québec, qui explique: «Il y a eu 5 projets de loi depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs qui remettent en question, de façon directe ou indirecte, le droit à l'avortement au Canada».

Le Canada est l'un des seuls pays au monde où il n'existe pas de loi sur l'avortement. L'IVG est légale depuis 1988, date de l'abolition de l’article 251 du Code criminel, traitant de l'avortement. Depuis, la pratique des interruptions de grossesse est régie par une simple jurisprudence, sans restriction légale.

Projet de loi de reconnaissance des droits au foetus

Alexa Conradi fait allusion, par exemple, au projet de loi C-484, déposé en 2007, qui vient d'être adopté en seconde lecture à la Chambre des Communes. Ce texte vise à reconnaître des droits au foetus et fait reconnaître comme une infraction le fait de blesser ou de causer la mort d'un enfant non encore né.

Pour la présidente du Conseil du statut de la femme, Christine Pelchat, «il s'agit là d'une manière on ne peut plus hypocrite de recriminaliser l'avortement et d'enlever ce droit aux femmes».

Autre texte dénoncé par certaines ONG: un projet de loi déposé le 14 avril dernier, qui vise à criminaliser le fait de «contraindre» une femme à avorter par des menaces de blessures, de retrait de soutien financier ou de privation de logement.

«Fermez vos gueules»

Le débat a rebondi cette semaine, avec la sortie de la sénatrice conservatrice Nancy Ruth qui a lâché un bruyant «fermez vos gueules» à des féministes venues manifester sur la colline parlementaire, à Ottawa.

Selon la parlementaire, si les manifestantes persistaient, le Premier ministre Stephen Harper pourrait durcir sa position sur l'avortement, même au Canada.

«Il reste cinq semaines d'ici au G8, a-t-elle déclaré (...) Fermez vos gueules d'ici là sur cette question. Si vous brusquez les choses, il y aura un retour de bâton. C'est devenu un enjeu politique. (...) C'est encore un pays où l'avortement est gratuit et accessible. Faisons en sorte qu'il en reste ainsi», a affirmé Nancy Ruth.

Cette remarque, suivie d'une suppression de subventions gouvernementales pour 11 organismes de défense des femmes, 24 heures plus tard, a fait monter au créneau l'ensemble de l'opposition canadienne, Michael Ignatieff en tête. Le chef du parti libéral a demandé des comptes au gouvernement en parlant d'une «campagne d'intimidation».