En Grèce, les fonctionnaires représentent un quart de la population active

SOCIAL Le plan d'austérité vise en premier la fonction publique, accusée d'être le refuge de corruption et de mauvaise gestion...

Catherine Fournier (avec agence)

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Manifestation à Athènes, en Grèce, le 4 mai 2010.
Manifestation à Athènes, en Grèce, le 4 mai 2010. — AFP/ARIS MESSINIS

Haro sur les fonctionnaires. Alors qu'une troisième journée de grève générale paralyse la Grèce ce mercredi, les salariés de la fonction publique manifestent en masse pour dénoncer le plan d'austérité dont ils sont les premières victimes.
 
Ces mesures, d'une sévérité inédite, prévoient notamment la suppression des 13e et 14e mois de salaire dans la fonction publique, et des 13e et 14e mois de pension pour tous les retraités, compensées par des primes pour les plus bas revenus.
 
Entre 700.000 et 1,2 million
 
Le gouvernement grec taille ainsi les revenus d'une masse salariale conséquente dans ce petit pays. Les fonctionnaires représenteraient en effet un quart de la population active. C'est plus qu'en France, où les salariés de la fonction publique représentaient 20% en 2008.
 
«Personne, pas même le Premier ministre, ne peut dire avec certitude le nombre réel de fonctionnaires», a récemment affirmé Constantinos Michalos, le président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Athènes. Sur une population active de 4,9 millions de personnes (contre 28 millions en France), «nous avons évalué le nombre de fonctionnaires à 1,2 million de personnes incluant les employés contractuels, la Fédération des fonctionnaires le porte à 700.000 et le ministère des Finances parle de 800.000 personnes». Selon le ministère de l'Intérieur, le nombre de fonctionnaires permanents a gonflé de plus de 28.000 personnes entre 2006 et 2008.
 
Clientélisme politique
 
Selon les commentateurs grecs, la crise financière qui secoue la Grèce a mis sur le devant de la scène le service public grec, malade d'une longue tradition de clientélisme politique qui a nourri le désastre de la dette publique. Georges Papandréou a ainsi promis d'utiliser la crise pour nettoyer les décennies de corruption et de mauvaise gestion dans la fonction publique.
 
Les études ont montré à plusieurs reprises que ce secteur est un refuge de corruption, principalement dans les bureaux du fisc, les services urbains et les hôpitaux publics. La section grecque de l'ONG anti-corruption Transparency international  a indiqué que le problème avait empiré en 2009, atteignant un montant de 790 millions d'euros de dessous de table, en hausse de 50 millions euros par rapport à 2008.
 
«16 mois de salaires»
 
Constantinos Michalos, ancien secrétaire général du ministère des Finances, ne tarit pas d'histoires sur les excès du secteur public. «Des femmes de ménages et des attachés de presse au ministère des Finances reçoivent un salaire double que leurs collègues des autres ministères, ...au Parlement les employés travaillent 12 mois mais reçoivent 16 mois de salaires, ...les fonctionnaires obtiennent des primes pour bien se vêtir et se présenter à l'heure au travail», assure-t-il.
 
La Fédération des fonctionnaires, Adedy (qui rassemble 375.000 adhérents) affirme au contraire que les primes sont essentielles pour soutenir les salaires de base de ses membres qui sont «les plus bas d'Europe». Selon le syndicat, les fonctionnaires gagnent 1.350 euros net en moyenne.