Argentine : Condamnée à six ans de prison, Cristina Kirchner fustige une « mafia judiciaire »

VERDICT Dans un procès pour fraude et corruption, la vice-présidente de l’Argentine a également été condamnée à une inéligibilité à vie. Elle reste toutefois protégée par son immunité parlementaire

20 Minutes avec AFP
Cristina Kirchner, vice-présidente de l’Argentine, à Buenos Aires le 1er mars 2022.
Cristina Kirchner, vice-présidente de l’Argentine, à Buenos Aires le 1er mars 2022. — AFP

Grâce à son immunité parlementaire, Cristina Kirchner n’ira pas pour le moment derrière les barreaux. La vice-présidente de l’Argentine a tout de même été condamnée mardi à six ans de prison et à une inéligibilité à vie, dans un procès pour fraude et corruption durant ses mandats présidentiels de 2007 à 2015.

A 69 ans, elle a été reconnue coupable « d’administration frauduleuse » au préjudice de l’Etat, dans ce procès portant sur des attributions de marchés publics dans son fief politique de Santa Cruz, pendant ses deux mandats de présidente. Douze ans de prison, ainsi que l’inéligibilité, avaient été requis contre elle en août.

Candidate à rien en 2023

Dans la foulée, l’ex-cheffe de l’Etat a affirmé qu’elle « ne sera candidate à rien, ni sénatrice, ni vice-présidente, ni présidente » aux élections générales de 2023. Sa position de présidente du Sénat, synonyme d’immunité parlementaire, lui évite la prison. Immunité à laquelle elle a donc paru renoncer à l’avenir en annonçant qu’en 2023 elle « rentrera chez elle ». « Qu’ils me mettent en prison ! » a-t-elle lancé, défiante. Une peine ne pourrait toutefois être effective qu’au bout de plusieurs recours, dont éventuellement devant la Cour suprême, ce qui pourrait prendre plusieurs années.

L’ancienne cheffe de l’Etat (centre-gauche), qui sept ans après son départ de la présidence reste une figure incontournable, autant que clivante, de la politique argentine, a toujours nié toute malversation. Et elle a dénoncé, depuis le début de la procédure en 2019, un procès « politique », mené par des juges, selon elle, instrumentalisés par l’opposition de droite, en particulier le camp « macriste », en référence à son successeur à la présidence (2015-2019), le libéral Mauricio Macri.

Le président argentin critique la décision du tribunal

« La sentence était écrite. L’idée était de me condamner », a également réagi au verdict Cristina Kirchner dans une allocution vidéo depuis son bureau du Sénat. Elle a dénoncé « un Etat parallèle », une « mafia judiciaire ». « Aujourd’hui, en Argentine, une personne innocente a été condamnée (…) quand la politique entre dans les tribunaux, la justice passe par la fenêtre », a pour sa part tweeté le président argentin Alberto Fernandez. Le chef de l’Etat mexicain Andrés Manuel López Obrador (gauche) a également exprimé sa solidarité envers Cristina Kirchner, victime selon lui « d’une vengeance politique et d’une bassesse antidémocratique du conservatisme ».


En août, le réquisitoire avait déclenché de larges manifestations de soutien à Cristina Kirchner, dans plusieurs villes d’Argentine, et plusieurs soirs sous les fenêtres de son domicile à Buenos Aires, donnant lieu à des heurts avec la police. Pour autant, cette fois le verdict n’a engendré qu’une mobilisation modeste. Aucune directive forte n’avait d’ailleurs émané de l’entourage de la vice-présidente.