Emmanuel Macron aux Etats-Unis : Entre Paris et Washington, une « bromance » spatiale à plusieurs visages

cosmos La très bonne coopération affichée entre France et Etats-Unis sur le dossier spatial a ses exceptions… Un peu comme dans les autres dossiers franco-américains

Rachel Garrat-Valcarcel
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La Lune apparaît derrière le Capitole, à Washington.
La Lune apparaît derrière le Capitole, à Washington. — Stefani Reynolds
  • Lors de sa visite d’Etat aux Etats-Unis, Emmanuel Macron va donner une bonne place aux dossiers spatiaux.
  • France et Etats-Unis affichent une forte coopération en la matière.
  • Mais elle a ses limites, sur le versant commercial notamment.

De notre envoyée spéciale à Washington,

Quand votre relation bat de l’aile, c’est parfois que vous avez besoin d’espace. C’est ce qu’ont – littéralement – fait la France et les Etats-Unis ces derniers mois. Après la crise Aukus, liée à la rupture du contrat de sous-marins pour l’Australie, orchestrée par Washington, « le spatial a joué un rôle majeur dans la reconstruction de la relation franco-américaine » dernièrement, assure Nicolas Maubert, le conseiller espace à l’ambassade de France.

On comprend mieux pourquoi la visite d’Etat d’Emmanuel Macron aux Etats-Unis, cette semaine, comprend une forte « séquence » spatiale. Le président est notamment accompagné de Thomas Pesquet et de la nouvelle spationaute française, Sophie Adenot. Ils rencontreront ce mercredi Kamala Harris, la vice-présidente, qui supervise ces questions au niveau du gouvernement fédéral.

L’Europe sur la Lune ?

Pour illustrer cet « âge d’or » - entend-on sur place - de la coopération spatiale entre les deux pays, les journalistes qui suivent la délégation française étaient conviés, mardi, à une visite du Goddard Space Flight Center de la Nasa, dans le Maryland, à trois quarts d’heure de la capitale fédérale. Symbolique : c’est le tout premier centre construit par la Nasa, dans les années 1950. Là-bas, les scientifiques français qui travaillent avec les Américains étaient de sortie, et les autres n’ont de cesse de vanter la contribution « si fondamentale » de Paris. « Les Etats-Unis reconnaissent que la France est l’un des seuls pays à tout maîtriser dans le spatial : scientifique, commercial et militaire », explique Nicolas Maubert.

En vérité, cette coopération n’a rien de nouveau. Le Centre d’études spatiales (Cnes), créé en 1961, a très vite collaboré avec la Nasa, née deux ans plus tôt. Et dans ce centre Goddard du Maryland, « des Français sont venus plusieurs mois pour comprendre comment on gère un programme spatial… », rappelle Nicolas Maubert. D’après lui, l’envoi du premier satellite français, en 1965, est directement lié à cette collaboration. Plus récemment, Donald Trump a relancé le programme spatial américain, avec comme horizon un retour sur la Lune. « Les Etats-Unis, c’est 60 % du budget spatial mondial, alors forcément il y a un effet d’entraînement », décrit l’attaché.

Très enthousiaste, il fait même rêver l’assistance : et si, grâce à cette « bromance » spatiale, le premier Européen à fouler le sol lunaire était Français ? Après tout, c’est bien l’importance des apports qui offre des places dans le vaisseau. On n’en est pas encore là, notamment parce qu’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni peuvent avancer les mêmes arguments. Qu’importe, c’est l’histoire qu’Emmanuel Macron veut raconter lors de cette visite d’Etat : celle d’une excellente relation avec les Etats-Unis, qui a des conséquences positives. Une sorte de « théorie du ruissellement diplomatique ».

L’allié qui doit « faire avec »

Sauf que la relance du programme spatial américain – poursuivie par Joe Biden – taille des croupières à la France et à l’Europe dans leur domaine d’excellence : les lanceurs spatiaux. C’est le cas, notamment, avec le programme privé Space X d’Elon Musk, largement subventionné par le gouvernement fédéral américain. « On doit composer, reconnaît finalement Nicolas Maubert quand on soulève la question. On aime bien parler de ''coopétition'' entre nous… » L'« âge d’or » brille moins.

Alors oui, la France et les Etats-Unis coopèrent grandement sur les grandes questions scientifiques et d’exploration – et c’était avant tout de cela qu’il était question mardi dans le Maryland –, sur la lutte face aux changements climatiques et sur la réglementation encore très faible des activités dans l’espace. « Des enjeux énormes », affirme Nicolas Maubert. Et la présence d’un conseiller espace à l’ambassade de France à Washington n’est pas rien. Mais dans les secteurs qui peuvent éventuellement rapporter gros, l’amitié a ses limites.



Et c’est sans doute là une image de la relation actuelle entre Paris et Washington. Certes, elle est bonne, voire très bonne. Et cette troisième visite d’Etat en dix ans pour un président français le démontre, quoi qu’on en dise. Mais sur l’espace comme sur l’inflation, l’énergie, le protectionnisme ou Aukus, les Etats-Unis ont leurs intérêts propres. Et la France, son « oldest ally », devra « composer ».