Emmanuel Macron accueille le président kazakh avant de partir aux Etats-Unis

Rencontre Paris veut nouer un partenariat stratégique avec ce pays d’Asie centrale et l’éloigner de l’influence russe

20 Minutes avec AFP
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Emmanuel Macron a reçu le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev en début de matinée à l'Elysée.
Emmanuel Macron a reçu le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev en début de matinée à l'Elysée. — Emmanuel DUNAND/AFP

Le reste de la délégation est partie lundi, mais Emmanuel Macron va se faire un peu attendre aux Etats-Unis. Le président français a décidé de retarder son arrivée à Washington pour accueillir à Paris Kassym-Jomart Tokaïev, le président du Kazakhstan tout juste réélu. La visite « aura un objectif très politique et stratégique », fait-on valoir à l’Elysée. Il s’agit « de consolider notre relation, d’amplifier notre dialogue dans un contexte difficile aussi pour les pays d’Asie centrale », explique-t-on. D’ailleurs, cette visite survient moins d’une semaine après la venue d’un autre chef d’Etat de la région, le président ouzbek Chavkat Mirzioïev.

« Nous continuons de (…) montrer à nos partenaires d’Asie centrale toute l’importance que nous accordons à leur région qui est aujourd’hui coincée entre la Chine et la Russie, et qui a besoin de s’ouvrir de nouveaux horizons », indique l’Elysée, rappelant que la France et le Kazakhstan ont un partenariat depuis 2008. Et, preuve supplémentaire de l’intérêt français pour cette zone pivot, que Paris et l’Europe ne veulent pas laisser aux influences russes, chinoises, turques ou américaines, Emmanuel Macron s’est entretenu samedi avec un autre chef d’Etat de la région, Emomali Rahmon, président du Tadjikistan.

Sortir l’Asie centrale de l’influence russe

Kassym-Jomart Tokaïev, lui, sort tout juste d’une rencontre avec Vladimir Poutine. Le Kazakhstan, pays traditionnellement dans la sphère d’influence russe, a jusqu’à présent adopté une posture d’équilibre sur la guerre en Ukraine, en ne soutenant pas Moscou sans pour autant se placer sur la ligne occidentale. Lors de cette rencontre à Paris,  « l’Ukraine sera haut dans l’agenda, de même que la situation en Asie centrale, le sujet de la connectivité, l’Afghanistan », pays en crise aux mains des talibans, estime une source gouvernementale kazakhe.

Côté économie, des accords pourraient être annoncés dans le domaine de l’énergie, des transports et peut-être des infrastructures car le Kazakhstan entend jouer un rôle croissant dans les flux de marchandises entre l’Europe et la Chine. « L’intérêt des Européens pour l’Asie centrale, ce sont les ressources énergétiques alors que les hydrocarbures russes sont sous embargo (…), et les corridors de transport entre la Chine et l’UE », résume Michael Levystone, chercheur associé à l’Ifri spécialiste de l’Asie centrale. De l’autre côté, « les sanctions contre l’économie russe incitent les pays d’Asie centrale à vouloir diversifier leurs partenariats sur la scène internationale ».

Terres rares, uranium et « corridor central »

« A la lumière des incertitudes actuelles en matière de sécurité énergétique en Europe, par exemple, le Kazakhstan est déterminé à continuer à jouer un rôle de partenaire énergétique fiable et digne de confiance », selon la source kazakhe. Nucléaire, photovoltaïque, terres rares, infrastructures… Le Kazakhstan entend multiplier les facteurs de liens avec la France et l’Europe, un acteur parmi tant à miser sur l’Asie centrale. La Russie, la Chine, la Turquie, ainsi que les Etats-Unis lorgnent cette région stratégique.

A Paris, « nous attendons la signature de plusieurs accords commerciaux », selon la source kazakhe, citant un accord pour la montée en puissance de l’usine de locomotives d’Alstom à Astana, ou un autre pour une installation photovoltaïque dans le Sud du pays. Des discussions sont également attendues dans le domaine du nucléaire puisque le pays, un des principaux exportateurs d’uranium, veut se doter d’une centrale de production d’énergie nucléaire, a précisé la source.



Enfin, les deux pays pourraient avancer sur le projet de « corridor central », qui doit ouvrir un nouveau vecteur de commerce entre l’Europe et l’Asie alors que la route du Nord passe par la Russie mise au ban par l’Occident, et que l’Iran, également sous sanctions, verrouille le sud de la Caspienne. « C’est le prochain point fort de notre relation avec l’Europe », estime la source kazakhe.