Manifestations en Chine : « Zéro Covid », censure… Retour sur le mouvement de colère qui gagne la population

Bouillonnement La colère qui monte en Chine depuis plusieurs mois face aux restrictions drastiques contre le Covid-19 éclate ces derniers jours

C.d.S avec AFP
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Le mécontentement gronde en Chine depuis des mois, culminant ces derniers jours en une vague de protestations sans précédent contre la politique draconienne du zéro Covid que Pékin applique depuis près de trois années
Le mécontentement gronde en Chine depuis des mois, culminant ces derniers jours en une vague de protestations sans précédent contre la politique draconienne du zéro Covid que Pékin applique depuis près de trois années — /SIPA
  • La Chine est le théâtre d’un soulèvement rarissime de par son étendue dans le pays depuis quelques jours. Des manifestations ont eu lieu dans les villes de Shanghai, Pékin ou encore Wuhan ce week-end.
  • Une colère engendrée par des restrictions anti-Covid drastiques en vigueur depuis presque de trois ans, dans le cadre de la politique zéro Covid adoptée par Pékin.
  • 20 Minutes revient sur les raisons de ces manifestations qui secouent le régime depuis plusieurs jours.

Si le temps du confinement et des couvre-feux semble déjà lointain en France, il reste d’actualité en Chine. Depuis trois ans, Pékin applique une politique drastique du zéro Covid qui implique des mesures très strictes aux habitants, comme un confinement exigeant au moindre cas de coronavirus détecté dans une ville et des tests PCR quasi-quotidiens de la population. Aujourd’hui, encore six millions de personnes sont confinées.

Depuis plusieurs mois, des manifestations dans différents secteurs et différentes villes ont éclaté à cause de ces restrictions drastiques, mais depuis deux jours, la colère a gagné les grandes villes, où les habitants osent même désormais réclamer le départ du président chinois, Xi Jinping. Parti d’un ras-le-bol des mesures sanitaires, le mouvement de contestation s’est donc élargi contre la censure et pour réclamer davantage de libertés. Retour sur ces deux derniers jours, où les grandes villes de Shanghai ou Pékin ont été le théâtre de ce mouvement de colère d’une ampleur historique.

Que se passe-t-il en Chine ?

La population chinoise est en ébullition depuis plusieurs mois, mais la casserole semble déborder ces derniers jours. Dimanche, une foule de manifestants, répondant à des appels sur les réseaux sociaux, est descendue dans la rue notamment à Pékin, Shanghai et Wuhan, prenant les forces de l’ordre au dépourvu. Des heurts parfois très violents avec les forces de l’ordre ont été constatés. Des arrestations de manifestants ont été rapportées, alors que manifester est passible de la prison à vie, rappelait le JT de 20 heures de TF1 dimanche.

Des images presque inédites parviennent jusqu’en France par les réseaux sociaux. Des foules de manifestants brandissant des pancartes blanches pour dénoncer la censure, des heurts violents avec la police et des slogans éloquents contre le régime : « Pas de tests Covid, on a faim ! », « Xi Jinping, démissionne ! PCC (Parti communiste chinois), retire-toi ! » ou « Non aux confinements, nous voulons la liberté ». Des manifestations ont également eu lieu à Canton, Chengdu et Hong Kong. Par son étendue sur le territoire, la mobilisation semble la plus importante depuis les rassemblements prodémocratie de 1989, durement réprimés.

Pourquoi un tel soulèvement populaire ?

Cette mobilisation est le point d’orgue d’une grogne populaire qui couve depuis des mois en Chine face aux restrictions sanitaires et la politique zéro Covid appliquée depuis bientôt trois ans. C’est l’incendie mortel survenu à Urumqi le 24 novembre, capitale de la province du Xinjiang (Nord-Ouest), qui a catalysé la colère de nombre de Chinois. Certains accusent les restrictions sanitaires d’avoir bloqué le travail des secours. Au moins 10 personnes sont mortes. Signe peut-être d’une volonté d’apaisement, ces restrictions ont finalement été assouplies dans cette ville où, dès mardi, les habitants pourront se déplacer en bus pour faire leurs courses et les livraisons de colis pourront reprendre.


Le Quotidien du peuple a ainsi publié lundi un texte mettant en garde contre la « paralysie » et la « lassitude » face à cette politique sanitaire stricte, sans toutefois appeler à y mettre fin. « Les gens ont maintenant atteint un point d’ébullition, car il n’y a pas de direction claire sur la voie à suivre pour mettre fin à la politique du zéro Covid », explique à l’AFP Alfred Wu Muluan, expert en politique chinoise à l’université nationale de Singapour. « Le parti a sous-estimé la colère de la population », ajoute-t-il. Les manifestations ont finalement fait émerger des demandes pour plus de libertés politiques, voire pour le départ du président Xi Jinping, tout juste reconduit pour un troisième mandat inédit à la tête du pays.

Comment le régime réagit-il ?

Comme dans tout régime autoritaire qui se respecte, la première réponse aux manifestations est la répression, l’usage de la force et des arrestations face à des manifestants souvent pacifistes et le bâillonnement des revendications. Lundi matin, une présence policière était ainsi visible à Pékin et à Shanghai, près des lieux de rassemblements de la veille. A Shanghai, l’une des rues occupées par la foule durant la nuit était désormais entourée de palissades pour empêcher tout nouveau rassemblement.


Dans la journée, trois personnes ont été arrêtées près de la rue Urumqi, à l’endroit même où avait eu lieu une manifestation dimanche. Un journaliste de la BBC en Chine, qui couvrait les manifestations à Shanghai, a été arrêté et « frappé par la police », selon le média britannique. A Pékin, une manifestation prévue lundi en fin de journée a, elle, été découragée par la forte présence policière au lieu de rendez-vous, dans le district de Haidian. Des véhicules de police étaient alignés le long de la route menant au pont Sitong, où un homme avait déployé le mois dernier des banderoles contre Xi Jinping, avant d’être arrêté. Les manifestants avaient prévu de rejoindre ce pont, au lendemain d’une mobilisation de plus de 400 personnes près de la rivière Liangma, aux cris notamment de « Nous sommes tous des habitants du Xinjiang ! ».


Le contrôle strict des autorités chinoises sur l’information et les restrictions sanitaires sur les voyages à l’intérieur du pays compliquent par ailleurs la vérification du nombre total de manifestants durant le week-end. Sur les réseaux sociaux chinois, toute information concernant ces manifestations semblait avoir été effacée lundi. Sur la plateforme Weibo, sorte de Twitter chinois, les recherches « Rivière Liangma » et « rue Urumqi » ne donnaient aucun résultat lié à la mobilisation.

Autre réaction du régime chinois : dénoncer un complot à l’origine des protestations. Le ministère chinois des Affaires étrangères a ainsi accusé des « forces aux motivations cachées » d’établir un lien entre cet incendie et « la réponse locale au Covid-19 », selon son porte-parole Zhao Lijian.

Et la communauté internationale ?

Déjà en froid avec Pékin, Washington a insisté lundi sur le droit du peuple chinois à manifester. « Cela fait longtemps que nous disons que tout le monde a le droit de manifester pacifiquement, ici aux Etats-Unis et partout dans le monde », a indiqué un porte-parole du département d’Etat. « Cela inclut la Chine », a-t-il précisé dans un communiqué. Et le porte-parole de la diplomatie américaine de critiquer la stratégie adoptée par la Chine pour contrôler le virus : « Nous pensons qu’il sera très difficile pour la Chine de contenir le virus avec leur stratégie de zéro Covid, a-t-il conclu. Il sera très difficile de maintenir les confinements et le zéro Covid. »

Plusieurs responsables internationaux et organisations ont ainsi appelé à faire respecter ce droit à manifester, comme les Nations unies (ONU).  « Nous appelons les autorités à répondre aux manifestations conformément aux lois et normes internationales relatives aux droits humains », a déclaré un porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Jeremy Laurence ajoutant : « Nul ne devrait être arbitrairement détenu pour avoir exprimé pacifiquement ses opinions ». « Je comprends que les gens expriment leur impatience et leurs griefs dans les rues », a estimé de son côté le chef d’Etat allemand, Frank-Walter Steinmeier, une autorité morale en Allemagne. « En tant que démocrate, je peux dire que la liberté d’expression est un bien public important », a-t-il ajouté.

Enfin, la plus grande alliance de médias de service public dans le monde, l’Union européenne de radio-télévision (UER), a condamné les « agressions » contre les journalistes qui couvrent en Chine les manifestations contre les restrictions sanitaires. Dans un communiqué, cette organisation, dont le siège est à Genève, « condamne avec la plus grande fermeté les intimidations et les agressions intolérables dont sont victimes les journalistes et les équipes de production des membres de l’UER en Chine ». L’UER souligne que la situation devient « de plus en plus volatile ». « Nous espérons recevoir une explication officielle de ces incidents troublants de la part des autorités compétentes, afin de comprendre comment nous pouvons continuer à garantir des conditions de travail sûres aux journalistes basés en Chine », a ajouté Eric Scherer, président du comité News de l’UER.