Italie : Pour sa première visite à Bruxelles, Giorgia Meloni joue l’apaisement

EUROPE La nouvelle Première ministre italienne d’extrême droite a opté jeudi pour un ton apaisé avec les dirigeants de l’Union européenne

20 Minutes avec AFP
La Première ministre italienne Giorgia Meloni et le président du Conseil européen Charles Michel à Bruxelles le 3 novembre 2022.
La Première ministre italienne Giorgia Meloni et le président du Conseil européen Charles Michel à Bruxelles le 3 novembre 2022. — Virginia Mayo/AP/SIPA
  • La Première ministre italienne Giorgia Meloni effectuait le 3 novembre sa première visite officielle à Bruxelles.
  • « Je suis contente du climat que j’ai trouvé à Bruxelles », a déclaré la dirigeante souverainiste de 45 ans.
  • Même ton conciliant du côté Ursula von der Leyen, qui a évoqué, dans un tweet, le « signal fort » envoyé par cette visite.

Tonalité constructive loin des polémiques. Pour sa première visite à Bruxelles, la nouvelle Première ministre italienne d’extrême droite Giorgia Meloni a opté jeudi pour un ton apaisé avec les dirigeants de l’Union européenne, insistant sur des échanges « positifs » et restant mesurée sur les points de friction comme l’immigration.

« Je suis contente du climat que j’ai trouvé à Bruxelles », a déclaré la dirigeante souverainiste de 45 ans, à l’issue de ses rencontres successives avec Roberta Metsola, présidente du Parlement européen, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, et Charles Michel, président du Conseil. « D’un point de vue personnel, humain, il s’est créé un échange très franc et très positif », a ajouté la première femme cheffe de gouvernement en Italie, à la tête du gouvernement le plus à droite depuis l’après-guerre.

Celle qui dirige la troisième économie de la zone euro s’est montrée déterminée à mettre l’accent sur le dossier sensible de l’envolée des prix de l’énergie, un combat déjà amorcé par son prédécesseur Mario Draghi qui avait réclamé une solution aux Vingt-Sept et fustigé l’approche individualiste adoptée par Berlin.

Un ton conciliant

Affirmant avoir « exposé le point de vue italien », elle a insisté sur la nécessité « d’apporter dès que possible une solution européenne », défendant l’idée d’un plafonnement des prix du gaz. Même ton conciliant du côté Ursula von der Leyen, qui a évoqué, dans un tweet, le « signal fort » envoyé par cette visite. « Ce fut une bonne occasion d’échanger sur des sujets cruciaux », a-t-elle ajouté, évoquant en particulier l’Ukraine, l’énergie et la question des migrants.



Son face-à-face avec Von der Leyen était particulièrement attendu depuis le tollé provoqué en Italie par les propos de la présidente de la Commission, qui avait mis en garde avant les élections dans la péninsule contre les conséquences auxquelles s’exposerait l’Italie en cas de dérive par rapport aux principes démocratiques.

Signe d’une forme de prudence de part et d’autre, aucune déclaration commune n’était organisée à l’issue de ces trois rencontres qui étaient scrutées avec attention, sur fond de crise énergétique qui met à l’épreuve la résistance de l’Union.

« Nous ne sommes pas des martiens »

Mais les participants se sont efforcés de mettre en avant les points de convergence. « Nous sommes totalement alignés sur l’Ukraine », s’est félicitée Roberta Metsola à l’issue de la rencontre. « Nous continuerons à être fermes sur les sanctions. Et nous sommes unis dans la réaffirmation de notre soutien pour l’Ukraine ». Plus largement, Giorgia Meloni a fustigé l’image selon elle caricaturale qui a été donnée de son gouvernement.

« Parler directement avec les personnes peut contribuer à démonter un récit qui a été construit à propos de moi et sur le gouvernement italien », a-t-elle souligné. « Nous ne sommes pas des martiens, nous sommes des personnes en chair et en os qui expliquent leurs positions. »

Selon le politologue Lorenzo Codogno, la dirigeante italienne n’était de toute façon pas arrivée Bruxelles avec des intentions guerrières : « Meloni est pragmatique et veut être perçue comme une dirigeante modérée », a-t-il expliqué à l’AFP. Un affrontement sur le fonds européen de relance post-pandémie, dont l’Italie est le premier bénéficiaire avec environ 200 milliards d’euros, apparaissait improbable, même si Meloni a affirmé vouloir obtenir des « ajustements » pour prendre en compte la hausse des prix de l’énergie, et ces ajustements devaient être négociés au niveau « technique », selon Codogno.

Mais il sera difficile pour Bruxelles d’éviter à terme un affrontement sur l’immigration, thème de prédilection de l’extrême droite en Italie, qui est l’une des principales portes d’entrée des migrants en Europe. La nouvelle dirigeante italienne a, sur ce point, fait clairement entendre sa différence. « Nous avons bien sûr parlé des flux migratoires et de la demande italienne d’un changement (…) en vertu duquel la priorité, déjà prévue dans les normes européennes, est la défense des frontières extérieures », a-t-elle expliqué. « C’est un sujet très délicat, très important », a-t-elle poursuivi, assurant, sans plus de précisions, avoir trouvé à Bruxelles « des oreilles attentives ».