Royaume-Uni : Quarante-cinq jours et puis s’en va, comment Liz Truss en est arrivée là

Liz No Good Liz Truss a annoncé sa démission ce jeudi, sonnant le glas d’un mandat historiquement court

Quentin Ballué
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La Première ministre britannique Liz Truss au Parlement, le mercredi 19 octobre.
La Première ministre britannique Liz Truss au Parlement, le mercredi 19 octobre. — JESSICA TAYLOR/AP/SIPA

Victoire par K.-O. pour la laitue du Daily Star. Le légume a terrassé Liz Truss dans le combat de longévité organisé par le tabloïd puisque la Première ministre a démissionné ce jeudi. La leader du Parti conservateur ne sera restée en fonction que quarante-cinq jours, devenant ainsi la cheffe du gouvernement au mandat le plus court de l’histoire du pays. Autopsie d’un fiasco.

Que s’est-il passé aujourd’hui ?

Liz Truss s’est exprimée devant le 10 Downing Street sur les coups de 13h30 heure locale. Elle a rapidement annoncé une issue qui semblait de plus en plus inévitable : « J’ai parlé au roi pour l’informer que je démissionne. » La leader du Parti conservateur a ajouté : « Je suis entrée en fonction à une époque de grande instabilité économique et internationale. Les familles et les entreprises s’inquiétaient de savoir comment payer leurs factures. Nous avons obtenu des résultats sur les factures d’énergie (…). Je reconnais cependant qu’étant donné la situation, je ne peux pas remplir le mandat sur lequel j’ai été élue par le parti conservateur. »

Comment en est-on arrivé là ?

Fin septembre, le ministre des Finances Kwasi Kwarteng a présenté un plan de relance de la croissance, à base de baisses d’impôts de dizaines de milliards de livres financées par de la dette. Résultat : une tempête sur les marchés financiers, une livre sterling en chute libre et une intervention de la Banque d’Angleterre pour sauver les meubles et assurer la stabilité financière du pays.

Obligée de changer son fusil d’épaule, Liz Truss a dû remplacer son ministre, dont elle était très proche, par Jeremy Hunt, « beaucoup plus centriste économiquement » selon Agnès Alexandre-Collier, professeur de civilisation et de politique britannique à l’université de Bourgogne, interrogée par 20 Minutes. Hunt a alors abandonné la quasi-totalité du plan initial, annonçant de futures coupes dans les dépenses de l’Etat et des hausses d’impôts. Plaçant de facto Liz Truss dans une position inconfortable.

« C’est assez intenable, estimait il y a quelques jours l’universitaire. Ça se joue entre l’humiliation de devoir renoncer à tout et le fait de s’accrocher à un poste pour lequel Liz Truss n’a plus aucune pertinence. Si le gouvernement mène une politique inverse à ce qu’elle a préconisé, quel intérêt de la voir encore en exercice ? Continuer à fonctionner comme une simple marionnette à la tête du gouvernement, ça voudrait dire renoncer à tout ce auquel elle croit. »


Qui pour lui succéder ?

« Une élection à la tête du parti sera organisée la semaine prochaine afin de garantir la stabilité économique de notre pays. Je resterai Premier ministre jusqu’à ce que mon successeur soit choisi », a annoncé Liz Truss cet après-midi. « D’ici au vendredi 28 octobre », a précisé un responsable de la majorité, Graham Brady. Déjà le deuxième scrutin de l’année chez les Tories puisque les députés du parti avaient dû voter cet été pour désigner le successeur de Boris Johnson.

Dwayne Johnson se verrait bien prendre le relais, mais les candidats devraient être un poil moins bankables. Plusieurs noms qui étaient sur la ligne de départ au mois de juillet sont pressentis pour revenir tenter leur chance, notamment Rishi Sunak, Penny Mordaunt ou Jeremy Hunt. Selon Agnès Alexandre-Collier, le profil de Sunak « pourrait coller » pour essayer de réconcilier les différents courants du parti. L’ancien chancelier de l’Echiquier avait d’ailleurs été l’adversaire le plus sérieux de Liz Truss lors de l’élection de l’été.

Une chose est sûre : le parti conservateur va connaître un cinquième Premier ministre en moins de sept ans, après David Cameron (2010-2016), Theresa May (2016-2019), Boris Johnson (2019-2022) et donc Liz Truss (2022). La valse continue, et l’opposition s’en frotte déjà les mains. Une étude YouGov publiée fin septembre pour le Times donnait en effet 33 points d’avance au Labour dans les intentions de vote. Les élections législatives doivent se tenir d’ici la fin de l’année 2024.