Iran : Les familles des Français détenus dénoncent des « conditions inhumaines », l’Etat condamne à nouveau la vidéo

TENSIONS La télévision d’Etat iranienne a diffusé jeudi des « aveux » d’un couple français arrêté au mois de mai

20 Minutes avec AFP
Ebrahim Raïssi, le président iranien.
Ebrahim Raïssi, le président iranien. — AFP

Au lendemain de la diffusion d’une vidéo « d’aveux » dénoncée par Paris, les familles du couple de Français arrêtés en Iran depuis cinq mois ont alerté vendredi sur des « conditions inhumaines de détention (…) pour des motifs fallacieux », avec une « pression psychologique inimaginable ».

« Nous sommes dévastés, épuisés et terrifiés », écrivent dans un communiqué transmis à l’AFP les familles de Jacques Paris et Cécile Kohler, affirmant être « sans aucune nouvelle » de leurs proches, redoutant qu’ils ne soient « maintenus à l’isolement avec comme seul contact humain celui de leurs geôliers et interrogateurs ». Le couple est « privé d’avocats et l’accès consulaire leur est sans cesse refusé », indique également le communiqué.

Les deux Français avaient été arrêtés en mai dernier à un moment où l’Iran était le théâtre de manifestations d’enseignants qui réclamaient des réformes pour une revalorisation de leurs salaires et appelaient à la libération de collègues arrêtés lors de précédentes mobilisations.

« Montage grossier »

Jeudi, le site de la chaîne arabophone al-Alam de la télévision officielle a diffusé une vidéo dans laquelle une jeune femme s’exprimant en français affirme s’appeler Cécile Kohler et être agent de renseignement opérationnel à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), les services de renseignement français.

« Des aveux extorqués sous la contrainte », « absurdes » et « contraires aux valeurs » du couple, d’après leurs proches. Dénonçant une « vidéo au montage grossier », les familles Paris et Kohler s’inquiètent de voir leurs proches « amaigris et épuisés », jugeant ces images « insupportables ».

Le ministère des Affaires étrangères a de son côté de nouveau dénoncé cette « vidéo révoltante », qui « met en scène de faux aveux, extorqués sous la contrainte. La France dément catégoriquement ces accusations mensongères. Elle exige la libération immédiate de nos compatriotes détenus arbitrairement. »

Interrogée par l’AFP, la DGSE, le service de renseignement extérieur français, n’a fait aucun commentaire. « Jacques et Cécile ne sont pas des agents de la DGSE », reprennent également leurs familles. « Cécile est professeure de français. Jacques est retraité de l’Education nationale », précise encore le communiqué des familles, selon qui le couple s’était rendu en Iran comme « touristes ».

« Accusations absurdes »

Le syndicat FO, dont est membre Cécile Kohler, a également dénoncé dans un communiqué vendredi « une manipulation honteuse et horrible, qui ne trompe personne ». La centrale syndicale, qui ne s’était encore jamais exprimée sur le sujet, « dénonce l’arrestation et la détention de Cécile Kohler et Jacques Paris » et « fait part de sa totale indignation devant les accusations insensées et absurdes des autorités iraniennes ».

Le secrétaire général de FO, Frédéric Souillot, dénonce en outre dans le communiqué « le traitement cruel dont ils font l’objet, aucun contact, aucune communication n’ayant encore pu avoir lieu depuis leur arrestation, et appelle à leur libération immédiate et à leur retour en France auprès de leurs familles et proches ».

Fond de manifestations

La diffusion de la vidéo est survenue sur fond de manifestations déclenchées le 16 septembre par la mort d’une jeune femme, Mahsa Amini, après son arrestation par la police des moeurs. L’Iran a accusé à plusieurs reprises des forces extérieures d’attiser les protestations et fait savoir la semaine dernière que neuf ressortissants étrangers, notamment de France, d’Allemagne, d’Italie, de Pologne et des Pays-Bas, avaient été arrêtés.

Souhaitant pouvoir « entrer en contact » avec eux afin de « leur redonner un peu de force », les familles espèrent que Cécile Kohler et Jacques Paris seront « rapatriés le plus vite possible ».

Outre Kohler et Paris, deux autres Français sont retenus en Iran, pays accusé par certains occidentaux de pratiquer une diplomatie des otages pour négocier à son avantage sur la scène internationale.