Afghanistan : Un an après l’arrivée des talibans, l’économie a reculé de dix ans selon l’ONU

EFFONDREMENT Le Pnud indique que 95 à 97 % de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté, contre un peu plus de 70 % il y a un an

20 Minutes avec AFP
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Un taliban armé dans une rue de Kaboul, le 13 février 2022 (illustration).
Un taliban armé dans une rue de Kaboul, le 13 février 2022 (illustration). — Hussein Malla/AP/SIPA

C’est le grand bond en arrière pour l’économie de l’Afghanistan. Elle a en effet subi « un effondrement catastrophique » depuis l’arrivée des talibans à la tête du pays, effaçant en moins d’un an ce qui avait nécessité dix années à construire, s’est inquiété l’ONU dans un rapport publié mercredi.

Avant la prise de pouvoir des talibans en août 2021, l’économie afghane était déjà très réduite, avec un PIB d’environ 20 milliards de dollars, mais « en un an, elle a perdu environ 5 milliards de dollars », a déclaré Kanni Wignaraja, directrice du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) pour l’Asie et le Pacifique. « Cela représente environ dix années de richesses et d’avoirs accumulés, perdus en seulement dix mois. Nous n’avons pas vu un tel effondrement dramatique ailleurs dans le monde ».

La part grandissante de l’économie informelle

Alors que le prix d’un panier alimentaire de base a augmenté de 35 % depuis août 2021, les Afghans dépensent « 60 à 70 %, certains 80 % de leurs revenus en nourriture et carburant » et 95 à 97 % de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté. Contre un peu plus de 70 % il y a un an.

Le rapport dresse un tableau bien sombre de la situation dans le pays, avec un effondrement des systèmes bancaires et financiers, 700.00 emplois perdus à mi 2022, en majorité par des femmes, et un enfant sur cinq est menacé de malnutrition sévère, en particulier dans le Sud. L’effondrement de l’économie a d’autre part provoqué une augmentation de la part de l’économie informelle, qui représente 12 à 18 % du PIB, contre 9 à 14 % il y a un an.

Pour Abdallah Al Dardari, représentant du Pnud en Afghanistan, la clef se trouve notamment sur une amélioration du marché du travail pour sortir de cette situation. Sur les trois prochaines années, l’ONU souhaite donc « créer deux millions d’emplois, en favorisant une reprise du secteur privé, en travaillant avec les communautés locales, en se concentrant sur les femmes entrepreneures, et par un renouveau des infrastructures agricoles locales et des institutions de microfinance et bancaires ». L’aide humanitaire ne sera en effet pas suffisante pour faire face à la situation alors que le nombre de personnes nécessitant cette aide est passé de 19 millions à 22 millions en 14 mois.