Drame dans un stade en Indonésie : « La police est allée trop loin », estime l’entraîneur du Arema FC

TRAGéDIE Au moins 125 personnes sont décédées samedi au stade Kanjuruhan, à la fin d’un match du championnat indonésien, disputé à Malang, à l’est de l’île de Java

J.Lau. avec AFP
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Quel rôle de la police dans le drame survenu lors d'un match de foot en Indonésie ? — 20 Minutes

La police indonésienne s’est vite retrouvée sous le feu des critiques, dimanche, pour son rôle dans la tragédie qui a entraîné au moins 125 morts, samedi dans un stade à Malang, à l’est de l’île de Java. Ce drame, l’un des pires jamais survenus dans un stade, a aussi fait 323 blessés, selon un dernier bilan. Tout a commencé quand des fans de l’équipe locale de football du Arema FC ont pénétré sur le terrain du stade Kanjuruhan, après la défaite de leur équipe (2-3) contre celle de Persebaya Surabaya, la ville voisine. Le stade contenait 42.000 personnes et était au complet selon les autorités. Environ 3.000 spectateurs ont envahi le terrain après le match.

« La police est allée trop loin, a ainsi estimé l’entraîneur du Arema FC, Javier Roca, à la radio espagnole Cadena Ser dimanche. En regardant les images, les policiers auraient peut-être pu utiliser d’autres méthodes. » Un témoignage qui fait écho à la description de la scène faite par des survivants, à savoir des spectateurs pris de panique, bloqués par la foule, quand la police a tiré des grenades de gaz lacrymogènes.

« Il n’y avait rien, pas d’émeutes »

Des images prises à l’intérieur du stade montrent une énorme quantité de gaz et des personnes s’agrippant aux barrières, tentant de s’échapper. D’autres portaient des spectateurs blessés, se frayant un chemin à travers le chaos. « Des policiers ont projeté du gaz lacrymogène, et les gens se sont aussitôt précipités pour sortir en se poussant les uns les autres, ce qui a provoqué beaucoup de victimes, raconte Doni, un spectateur de 43 ans, qui n’a pas voulu donner son nom de famille. Il n’y avait rien, pas d’émeutes. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, ils ont soudainement envoyé du gaz lacrymogène. »

De nombreuses voix se sont donc élevées dimanche en Indonésie pour dénoncer l’usage du gaz lacrymogène par les forces de l’ordre contre les milliers de supporteurs qui avaient envahi le terrain. La police, qui a qualifié cet incident d'« émeutes », explique avoir tenté de persuader les fans de regagner les gradins, et a envoyé vers le public du gaz lacrymogène après la mort de deux policiers. Cela a provoqué des bousculades et des mouvements de foules incontrôlés. De nombreuses victimes ont été piétinées.

Amnesty International demande une enquête

Amnesty International a appelé à une enquête « sur l’utilisation des gaz lacrymogènes » par la police, et à faire en sorte que ceux ayant « commis des violations soient jugés ». Le vice-gouverneur de la province de Java Est, Emil Dardak, a annoncé dimanche soir une révision à la baisse du bilan, qui passe de 174 à 125 morts, en raison d’un double comptage. « Le bilan est aujourd’hui de 125 morts. 124 ont été identifiés et l’un ne l’a pas été. Certains noms avaient été enregistrés deux fois », a indiqué le responsable sur la chaîne Metro TV. « Les joueurs passaient avec des victimes dans leurs bras, a également confié l’entraîneur du Arema FC, Javier Roca. C’était comme une avalanche, tout a pris des proportions dramatiques en raison du nombre de personnes qui voulaient fuir. »

Sam Gilang, un survivant qui a perdu trois amis, a évoqué un incident « terrifiant, absolument choquant ». « Les gens se poussaient et beaucoup ont été piétinés en allant vers la sortie, indique-t-il. Mes yeux brûlaient à cause des gaz lacrymogènes. Heureusement, j’ai réussi à grimper sur une clôture et j’ai survécu. » A Jakarta, 300 supporteurs de football se sont rassemblés pour une veillée funèbre devant le stade Gelora Bung Karno, le plus grand d’Indonésie. Certains ont scandé « meurtriers » et ont lancé des feux d’artifice en signe de protestation.

Le ministre indonésien en charge de la sécurité réagit

Le président indonésien Joko Widodo a ordonné dimanche « une évaluation complète des matchs de football et des procédures de sécurité ». Il a demandé à l’Association nationale du football de suspendre tous les matchs jusqu’à des « améliorations de la sécurité ». Devant le stade, des véhicules calcinés, dont un camion de police, jonchaient les rues dimanche, témoignant de la colère de la population après cette tragédie. L’Association de Football d’Indonésie (PSSI) a fait son mea culpa et de nombreuses réactions ont afflué du monde du football sous le choc.

Cette catastrophe est « une tragédie au-delà de l’imaginable », a déclaré le président de la Fédération internationale de football (FIFA), Gianni Infantino, alors que la FIFA interdit dans ses recommandations d’utiliser du gaz lacrymogène pour le contrôle de la foule sur le terrain. Dans une déclaration télédiffusée, le ministre indonésien en charge de la sécurité Mahfud MD a appelé dimanche la police indonésienne à « identifier » ceux qui « ont perpétré les crimes », estimant que « des mesures doivent être prises contre eux ». « Nous demandons à la police nationale de trouver les auteurs des crimes dans les prochains jours », a-t-il exigé.