Royaume-Uni : Alors que s’ouvre le congrès de son parti, Liz Truss fait face à la grogne de la rue et de sa majorité

SOUS PRESSION L’incompréhension domine autour des solutions proposées par la Première ministre pour contrer une inflation au plus haut et une livre sterling au plus bas

20 Minutes avec AFP
Liz Truss, Première ministre britannique, le 23 septembre 2022.
Liz Truss, Première ministre britannique, le 23 septembre 2022. — AFP
  • Des milliers de Britanniques sont descendus dans les rues pour protester contre la crise du coût de la vie. L’annonce le 23 septembre de baisses d’impôts massives à destination des plus riches a suscité de la colère et de l’incompréhension.
  • Ce plan, critiqué par le FMI, a fait s’affoler les marchés et la livre sterling a dégringolé à un plus bas historique.
  • Les Tories sont au plus bas dans les sondages, l’opposition travailliste ayant désormais une avance de 33 points selon une étude YouGov publiée jeudi, du jamais vu depuis les années 1990. D’après un autre sondage vendredi, 51 % des Britanniques estiment que la Première ministre devrait démissionner.
  • Moins d’un mois après son arrivée à Downing Street, Liz Truss sera ce dimanche sur le plateau de la BBC depuis Birmingham, où son parti se réunit pour quatre jours.

Les débuts de Liz Truss à Downing street sont particulièrement difficiles. Elle va donc tenter de reprendre la main ce dimanche sur le plateau de la BBC avant d’affronter son parti, où la colère monte, pour le congrès annuel des conservateurs. La Première ministre britannique a en effet vécu une semaine cauchemardesque politiquement et économiquement, conclue par des manifestations samedi.

Des milliers de Britanniques sont descendus dans les rues pour protester contre la crise du coût de la vie, brûlant parfois des factures alors que le gouvernement assume tant bien que mal sa politique budgétaire après une semaine de chaos sur les marchés financiers.

« Ne rien faire n’était pas une option »

Inflation au plus haut, livre sterling au plus bas, inquiétudes à l’approche de l’hiver… Le nouveau gouvernement conservateur avait promis une action immédiate pour faire face à la crise, mais l’annonce la semaine dernière de baisses d’impôts massives à destination des plus riches a suscité plus de colère et d’incompréhension qu’autre chose.

La majorité des Britanniques ont accueilli froidement le « mini-budget » présenté par le gouvernement la semaine dernière. Les annonces ont aussi affolé les marchés et fait descendre la livre sterling à un plus bas historique, entraînant une intervention du Fonds monétaire international et de la Banque centrale. Mais « ne rien faire n’était pas une option », a affirmé le ministre des Finances Kwasi Kwarteng dans le Telegraph vendredi soir pour justifier les baisses d’impôts massives, dont le financement reste flou. Il a promis un plan pour réduire la dette à moyen terme mais l’agence de notation Standard & Poor’s s’est montrée sceptique, revoyant à la baisse sa prévision de soutenabilité de la dette souveraine britannique.

En attendant, à l’incompréhension des marchés s’ajoute désormais la colère des Britanniques. Selon un récent sondage YouGov, plus de la moitié (51 %) de la population estime que Liz Truss, en poste depuis moins d’un mois, devrait démissionner. Souvent étranglés par une inflation qui frôle les 10 % et inquiets de savoir s’ils pourront se chauffer ou rembourser leurs prêts cet hiver, certains refusent de payer leur facture au mois d’octobre. Le gouvernement a annoncé un gel du plafond des prix de l’énergie mais ces derniers ont quand même doublé en un an.

Courte trêve sociale lors du décès de la reine

Dans ce contexte de grogne sociale exacerbée, les mobilisations qui se multiplient depuis juin dans tous les secteurs ont repris de plus belle, après une trêve observée après le décès d’Elizabeth II le 8 septembre. Les cheminots étaient ainsi en grève - la plus importante depuis le début de l’année - samedi dans tout le pays, avec seulement 11 % du trafic assuré. Malgré les fortes perturbations, la mobilisation du rail est comprise et soutenue par la plupart des Britanniques, selon un sondage Ipsos.

Participant aux manifestations, les militants pour le climat du groupe « Just Stop Oil » ont eux bloqué plusieurs ponts de Londres, demandant au gouvernement « de résoudre la crise du coût de la vie et la crise climatique en stoppant les nouveaux investissements dans le pétrole et le gaz ».

Un congrès qui s’annonce morose

Mais plus que la rue, c’est surtout dans un premier temps contre sa majorité que Liz Truss va devoir batailler. Plus impopulaires que jamais, les Tories se retrouvent à partir de ce dimanche, pour quatre jours, à Birmingham pour leur congrès annuel. Et vu le contexte, cette grand-messe s’annonce morose. Selon la presse britannique, les lettres de défiance affluent déjà contre Liz Truss. Certains conservateurs sont stupéfaits par les annonces budgétaires floues tandis que d’autres regrettent déjà l’ancien Premier ministre Boris Johnson, malgré ses frasques et ses mensonges.

La grand-messe des conservateurs risque donc de se dérouler avec des rangs clairsemés : ni Rishi Sunak, le rival de Liz Truss lors de la campagne pour la tête du parti, ni Boris Johnson ne devraient en effet faire le déplacement.

Kwasi Kwarteng prendra lundi la parole lors du congrès, tandis que Liz Truss clôturera le rassemblement mercredi. Et si le duo a pour le moment exclu de faire marche arrière, il a accepté vendredi que l’organisme public de prévision budgétaire britannique OBR présente à l’exécutif dès la semaine prochaine une « première version » de prévisions budgétaires prenant en compte le coûteux plan économique du gouvernement.