Italie : Le droit à l’avortement a-t-il été remis en cause par Giorgia Meloni pendant sa campagne ?

FAKE OFF Si ce n’est pas dans son programme, la très conservatrice Giorgia Meloni a montré à plusieurs reprises son opposition à l’avortement

Lina Fourneau
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Giorgia Meloni, du parti Fratelli d'Italia, à Rome le 22 septembre dernier.
Giorgia Meloni, du parti Fratelli d'Italia, à Rome le 22 septembre dernier. — Massimo Di Vita/Mondadori Portfo
  • Fin septembre, la candidate d’extrême droite Giorgia Meloni et son parti Fratelli d’Italia ont remporté les élections législatives en Italie. Depuis, son programme conservateur inquiète, notamment sur la question du droit à l’avortement.
  • D’après un compte sur Twitter, la remise en question de ce droit n’a jamais été au programme de Meloni et serait exagérée par les médias.
  • Si ce n’est pas exactement écrit noir sur blanc dans son programme, Giorgia Meloni a déjà décrit l’avortement comme « une défaite » et espère trouver ce qu’elle appelle « des alternatives ».

Dimanche 25 septembre, l’Italie a passé l’arme à l’extrême droite. Avec 26 % des voix, Giorgia Meloni et son parti Fratelli d’Italia ont fièrement remporté les élections législatives. Dans sa majorité parlementaire, elle sera accompagnée de toute la coalition « de centre droite » formée avec la Lega de Matteo Salvini (8,8 %) et Forza Italia de Silvio Berlusconi (8,1 %). En tout, le groupe qui compte d’autres petits partis, a obtenu 43,8 % des voix.

Lors de la courte campagne électorale, Giorgia Meloni a su réunir les Italiens autour de ses positions conservatrices, notamment marquées par un euroscepticisme ambiant et autour des valeurs de la famille. « Dieu, famille, patrie », en témoigne son slogan de campagne. Mais cette arrivée au pouvoir sera-t-elle synonyme d’un retour en arrière sur les droits sociaux ?

De nombreux Italiens craignent en effet la fin possible du droit à l’avortement. Une idée qui, selon certains internautes, serait en fait orchestrée par « les journaux italiens, internationaux et nombreux de comptes connus sur les réseaux sociaux », disait lundi le média Occidentis sur Twitter. « Si l’on lit attentivement le programme électoral, on s’aperçoit que le parti souhaite simplement multiplier les solutions financières et sociales pour permettre aux femmes, si elles le souhaitent, de garder leur enfant ». Selon cette publication, son seul but serait de remonter la courbe de la natalité, « en chute de 31 % par rapport à 2008 ». Alors, que pense vraiment Giorgia Meloni du droit à l’avortement ? 20 Minutes fait le point.


FAKE OFF

Pour commencer, il est bon de remonter un peu dans le temps pour mieux comprendre le droit à l’avortement en Italie. La loi 194, qui le légalise, a été votée en 1978, soit trois ans après la France. Depuis cette date, les Italiennes peuvent interrompre leur grossesse jusqu’à douze semaines. Quarante-sept ans plus tard, après l’élection de Giorgia Meloni, ce droit va-t-il être mis en péril - comme dernièrement aux Etats-Unis et plus tôt en Pologne ?

Au cours de l’été, la campagne de la candidate de Fratelli d’Italia a été rythmée par une politique « en soutien à la natalité et à la famille ». Plusieurs de ses propositions s’articulent autour de ces thématiques : la réduction de la TVA sur les produits et services pour la petite enfance, l’introduction progressive du quotient familial et la gratuité des crèches. Son programme ne mentionne pas, à proprement parler, la fin du droit à l’avortement. Giorgia Meloni préfère ne pas inquiéter les électeurs et électrices et mise sur « la prévention » de l’IVG, avec la mise en avant d’options pour l’éviter.

Des alternatives ?

Dans un entretien donné au média italien l’Unione Sarda, Giorgia Meloni a rappelé ne pas vouloir changer la loi sur l’avortement, avant d’ajouter : « Je voudrais ajouter des droits, que les femmes qui se trouvent en position d’avorter parce qu’elles n’ont pas d’alternative, peut-être pour des raisons économiques, puissent avoir cette alternative », a-t-elle ajouté. Cela se traduirait, par exemple, par une aide financière à destination des femmes en situation de pauvreté, afin de les empêcher de mettre un terme à leur grossesse. A plusieurs reprises, lors de sa campagne, la candidate a d’ailleurs décrit l’avortement comme une « défaite ».

Seulement voilà, en Italie comme ailleurs, le droit à l’avortement dépend également des médecins qui pourraient - selon l’évolution des mentalités - s’opposer de plus en plus à la pratique. C’est d’ailleurs déjà le cas dans le pays, où plusieurs praticiens se déclarent comme « objecteurs de conscience ». En 2019, le taux de gynécologues refusant l’avortement s’élevait déjà à 67 %, d’après le ministère de la Santé.

Une crise de la natalité

Il est vrai également que l’Italie connaît une crise démographique d’une importance majeure. Comme l’explique la publication d’Occidentis, il y a bien eu une chute de 31 % de la natalité par rapport à 2008, sous le seuil des 400.000 naissances en 2021, un plus bas depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le taux de fécondité est de 1,27 enfant par femme… le plus faible score de l’Union européenne.

Mais de là à imaginer un lien entre cette problématique et une prochaine disparition de l’avortement [qui, de fait, augmenterait le nombre de naissances], l’Italie a sans doute quelque temps de répit devant elle. Seulement, l’Histoire l’a déjà prouvé, les acquis sociaux ne sont pas éternels… même si ce n’est pas précisé dans les programmes.