Manifestations en Iran : La colère des femmes gagne l’Afghanistan, les talibans tirent en l’air

CONTAGION En Afghanistan, une poignée de femmes ont manifesté par solidarité avec les Iraniennes. Leur rassemblement éclair a été rapidement dispersé par les talibans

20 Minutes avec AFP
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Environ 25 afghanes ont manifesté à Kaboul, en soutien aux femmes iraniennes.
Environ 25 afghanes ont manifesté à Kaboul, en soutien aux femmes iraniennes. — Wakil Kohsar
  • La poussée de colère qui secoue l’Iran a trouvé un écho en Afghanistan où les talibans ont considérablement durci les règles pour les femmes depuis leur retour au pouvoir.
  • Une poignée de femmes solidaires des Iraniennes a manifesté jeudi à Kaboul avant que des tirs en l’air ne les dispersent.
  • En Iran, les troubles ont débuté depuis le 16 septembre et la mort de la jeune Mahsa Amini, après son arrestation par la police des mœurs.

« Femme, vie, Liberté » ou « L’Iran se soulève, maintenant c’est notre tour ». Voici les slogans qu’ont scandés les quelque 25 femmes afghanes qui ont osé manifester jeudi, foulard sur la tête, devant l’ambassade d’Iran à Kaboul, en solidarité avec le mouvement de colère provoqué par la mort de la jeune Mahsa Amini. Le rassemblement n’a duré qu’une quinzaine de minutes. Il a été dispersé par des coups de feu tirés en l’air par les talibans postés devant le bâtiment, selon les journalistes de l’AFP sur place. Les talibans ont également tenté de frapper les manifestantes à coups de crosse, et ont également ordonné à des reporters d’effacer photos et vidéos de la manifestation.

Les femmes, dont certaines avaient dissimulé leur visage derrière des lunettes de soleil et des masques chirurgicaux, ont ramassé les débris de leurs bannières pour en faire des boules de papier et les jeter sur les talibans qui leur faisaient face.

« Solidarité »

« Nous sommes ici pour montrer notre soutien et notre solidarité avec le peuple iranien et les femmes victimes de talibans en Afghanistan », a déclaré une organisatrice de la manifestation, sous couvert d’anonymat. Ces Afghanes se reconnaissent dans le mouvement de la colère qui embrase l’Iran où des manifestations ont lieu tous les soirs en Iran depuis le 16 septembre. Ce jour-là, la jeune Mahsa Amini est morte à l’hôpital, trois jours après son arrestation à Téhéran par la police des mœurs pour non-respect du code vestimentaire strict pour les femmes en République islamique d’Iran, qui doivent se couvrir les cheveux en public.



En Afghanistan, depuis le retour des talibans au pouvoir en août 2021, plusieurs manifestations sporadiques de femmes ont été organisées dans la capitale et d’autres villes du pays, malgré leur interdiction, que ce soit contre la perte de leur emploi ou pour réclamer le droit de travailler.

Les talibans ont fermé la plupart des écoles de filles

Après 20 ans de guerre et le départ de l’armée américaine d’Afghanistan, les nouveaux dirigeants du pays ont en effet imposé des règles très strictes sur la conduite des femmes, notamment dans la vie publique, ordonnant aux femmes de porter un voile intégral en public, de préférence la burqa. Le redouté ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice a vite remplacé celui des Affaires féminines et a notamment ordonné la séparation des femmes et des hommes dans les parcs publics de Kaboul.

Les fondamentalistes islamistes ont également fermé les écoles secondaires pour filles dans la plupart des provinces. Ils ont ordonné aux femmes de se couvrir entièrement en public, idéalement avec une burqa.

Mardi, un rapport des Nations unies a dénoncé ces « restrictions sévères » aux droits des femmes, notamment l’interdiction de l’enseignement secondaire, et a appelé les talibans à « revenir immédiatement sur cette décision ».

La levée des restrictions sur les droits des femmes est une condition essentielle à la reconnaissance du gouvernement taliban, a insisté la communauté internationale. Jusqu’à présent, aucun pays n’a reconnu le gouvernement islamiste.