Nucléaire : L’Allemagne prolonge deux centrales et blâme la France

TENSIOns Berlin affirme que la situation chez son voisin français « n’était pas bonne et s’est considérablement détériorée les semaines passées »

20 Minutes avec AFP
La centrale nucléaire Isar.
La centrale nucléaire Isar. — AFP


L’Allemagne a ouvert la voie mardi à la prolongation, cet hiver, de l’activité de ses deux dernières centrales nucléaires, blâmant la France pour son piètre réseau. Début septembre, le gouvernement du social-démocrate Olaf Scholz, au sein duquel siègent des écologistes, était déjà revenu sur la fermeture définitive de deux des trois réacteurs du pays prévue pour fin 2022. Il s’agissait alors de les maintenir « en veille » jusqu’au printemps 2023 et de ne les utiliser qu’en dernier recours seulement, en cas de situation d’urgence énergétique.

Mais Berlin va désormais plus loin, affirmant que la situation chez son voisin français, qui a fait depuis toujours du nucléaire une source majeure de son approvisionnement, « n’était pas bonne et s’est considérablement détériorée les semaines passées ».

Comme début septembre, c’est au ministre allemand de l’Economie, l’écologiste Robert Habeck, qu’est revenue la tâche d’annoncer cette décision. Pour assurer l’approvisionnement énergétique en Allemagne, « la centrale Isar 2 (près de Munich) et celle de Neckarwestheim (sud-ouest) vont probablement rester branchées au premier trimestre 2023 », en raison de « la situation en France plus mauvaise que prévue », a-t-il dit lors d’une conférence de presse.

Tensions dans la coalition

« En tant que ministre responsable de la sécurité énergétique (…) je considère que c’est nécessaire », a ajouté M. Habeck. Une position difficile car son parti, les Verts, s’est toujours battu contre l’atome dans un pays opposé depuis longue date à cette forme d’énergie.

Quelque 25 réacteurs - sur les 56 que compte le parc français - sont indisponibles en raison d’opérations de maintenance ou de problèmes de corrosion. EDF a promis leur redémarrage graduel d’ici à février. Par conséquent, « il y a un manque de volumes d’électricité, que l’Allemagne compense en partie avec de l’électricité provenant de centrales au gaz », a expliqué le ministère de l’Economie à Berlin.

S’appuyant sur les scénarios électriques pour l’hiver, présentés par la France le 14 septembre, M. Habeck a estimé que la situation était pire que ce qui était prévu jusqu’ici. Enfonçant le clou, il a affirmé que « par le passé, les affirmations de l’exploitant EDF s’étaient avérées souvent trop positives ».

Le chef du groupe parlementaire des libéraux, Christian Dürr, a salué l’annonce du ministre de l’Economie : « C’est un pas dans la bonne direction », a-t-il dit, au groupe de médias Funke. « C’est réjouissant de voir les Verts aller dans la bonne direction », a-t-il ajouté.

Taxe en sursis

Cette concession est un nouveau coup dur pour le ministre écologiste, dont les frictions avec son collègue des Finances, le libéral Christian Lindner, sont de plus en plus patentes. Ce dernier lui réclame également d’abroger une nouvelle taxe sur le gaz devant entrer en vigueur le 1er octobre.

Cette taxe, qui alourdirait de plusieurs centaines d’euros la facture des ménages, doit être reversée aux importateurs de gaz pour les aider à supporter les prix exorbitants des achats destinés à remplacer le gaz russe.

La presse allemande affirme que le ministre de l’Economie est en train de perdre la bataille et que la taxe sera supprimée cette semaine. Dans un entretien avec le site d’information T-online, M. Lindner a par ailleurs plaidé pour que « les trois centrales allemandes restent branchées pour fournir de l’électricité ».

Jusqu’ici, le gouvernement allemand a renoncé à prolonger la troisième et dernière centrale nucléaire encore exploitée, à Emsland (Basse-Saxe), située dans le nord du pays. Elle ne sera pas non plus placée en situation « de veille ».