Liban : « J’ai besoin de mon salaire »… Colère des Libanais après la réouverture des banques

CRISE La monnaie nationale a perdu 95 % de sa valeur en deux ans poussant les Libanais à retirer leurs économies, ce que les restrictions draconiennes imposées par les banques rendent très compliquées

20 Minutes avec AFP
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Des Libanais font la queue pour retirer de l'argent d'une succursale de la Fransabank à Beyrouth, le 26 septembre 2022.
Des Libanais font la queue pour retirer de l'argent d'une succursale de la Fransabank à Beyrouth, le 26 septembre 2022. — Photo by JOSEPH EID / AFP

De longues files d’attente étaient visibles, lundi, devant plusieurs banques au Liban, dont certaines ont rouvert après une semaine de fermeture à la suite d’une série de braquages de clients voulant retirer leurs économies bloquées dans ce pays ravagé par une crise économique inédite.

Le Liban est plongé depuis 2019 dans de graves difficultés économiques et financières. Les banques imposent des restrictions draconiennes, empêchant ainsi les clients de retirer leurs économies, en particulier en dollars.

« J’ai besoin de mon salaire »

Fixée officiellement depuis 1997 au taux de 1.500 livres pour un dollar, la monnaie nationale a perdu 95 % de sa valeur en deux ans. Incapables d’accéder à leur argent en dollars, des clients ont eu recours à des braquages pour réclamer leurs épargnes, dont cinq pour la seule journée du 16 septembre.

Lundi, une dizaine de Libanais, dont des militaires et des policiers, patientent depuis plusieurs heures devant une branche fermée de Fransabank à Beyrouth. « J’ai besoin de mon salaire ! », lance un membre des Forces de sécurité intérieure (FSI), devant les grilles de l’établissement.

A côté de lui, Yolla Sawan, une enseignante retraitée de 67 ans, affirme avoir pris rendez-vous auprès de la banque dans l’espoir de retirer 130 euros, la somme maximale qui lui est autorisée par son institution financière. Sans cet argent, « je ne sais pas ce que je ferai », dit-elle.

Quelques ruelles plus loin, des militaires et policiers se mêlent aux déposants qui patientent devant un distributeur dépourvu de billets à l’entrée de la banque Crédit libanais. « Je n’ai plus rien à dire, je suis vidé », soupire un policier qui attend depuis deux heures pour retirer son salaire.

Des dispositifs de sécurité massifs devant les banques

A Saïda, dans le sud du pays, des dispositifs de sécurité massifs ont été déployés devant plusieurs établissements, selon un correspondant de l’AFP, après qu’un membre des forces de sécurité a essayé d’entrer de force dans une branche de la BLOM Bank pour retirer son salaire.

L’Association des banques du Liban (ABL) a déclaré dimanche que les banques rouvriront lundi en capacité limitée pour servir les entreprises, les établissements éducatifs et les hôpitaux. Les distributeurs automatiques sont disponibles « pour tous les clients », afin de permettre aux secteurs public et privé de transférer les salaires de leurs employés, a assuré l’ABL.

Georges el-Hajj, du syndicat des employés de banques au Liban, affirme que plusieurs branches sont restées fermées lundi, et celles qui ont rouvert leurs portes ont renforcé leurs dispositifs sécuritaires. « Cette semaine servira de test pour voir comment la situation va évoluer », explique-t-il.