Qatar : TotalEnergies annonce un investissement majeur dans la production de gaz naturel liquéfié

Extraction Le géant français va prendre une part importante dans le développement d’un immense champ gazier, recensé comme l’une des plus grandes « bombes carbone »

X.R. avec AFP
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Le siège de TotalEnergies, l'un des plus grands conglomérats énergétiques au monde, dans le quartier d'affaires de La Défense à Paris, vendredi 2 septembre 2022.
Le siège de TotalEnergies, l'un des plus grands conglomérats énergétiques au monde, dans le quartier d'affaires de La Défense à Paris, vendredi 2 septembre 2022. — Lewis Joly/AP/SIPA

Une signature à plusieurs milliards de dollars. Qatar Energy et TotalEnergies ont signé un accord majeur, ouvrant la voie à une importante participation du géant français du pétrole et du gaz dans le développement d’un immense champ gazier. L’annonce a été faite lors d’une conférence de presse conjointe des deux PDG, Patrick Pouyanné côté français, et Saad Sherida al-Kaabi, également ministre qatari de l’Energie, de l’autre.

Le géant français a déjà signé un accord de plus de 2 milliards de dollars avec Doha en juin pour le développement du plus grand champ de gaz naturel au monde, le projet North Field East (NFE). Cette nouvelle signature lui ouvre désormais la participation dans le projet North Field South (NFS). Ces deux projets sont des extensions du champ offshore North Field, le plus grand gisement de gaz naturel au monde que le pays du Golfe partage avec l’Iran.

« Un rôle stratégique renforcé »

Selon Qatar Energy, il représente 10 % des réserves de gaz naturel au monde, et s’étend sous la mer jusqu’au sous-sol iranien. La République islamique a, pour sa part, des difficultés à exploiter sa partie du gisement, en raison des sanctions occidentales. Le Qatar est déjà l’un des principaux producteurs de GNL au monde, avec les Etats-Unis et l’Australie et vise à augmenter sa production de plus de 60 % d’ici à 2027.

TotalEnergies « aura un rôle stratégique renforcé » dans le développement gazier au Qatar, a affirmé Saad Sherida al-Kaabi. « Avec une part de 9,375 %, QE annonce avoir sélectionné TotalEnergies comme partenaire pour le développement de North Field South », a rapporté de son côté l’agence de presse qatarie QNA. « D’autres partenaires seront révélés à un stade ultérieur », toujours selon l’agence de presse, alors que Doha confirme des discussions avec la Grande-Bretagne. La participation des sociétés étrangères dans ce projet devrait s’établir à environ 25 %, selon les autorités qataries.

Bombe carbone

Alors que l’Europe s’était longtemps opposée aux accords de long terme avec l’émirat, la guerre en Ukraine a changé la donne. Certains pays de l’UE, comme l’Allemagne, sont en effet particulièrement dépendants du gaz russe, et investissent désormais dans des terminaux à GNL pour diversifier leur approvisionnement. Mais cette signature intervient aussi à quelques semaines de la Coupe du monde de football au Qatar. Alors que Patrick Pouyanné négociait le contrat pour TotalEnergies, le porte-parole du gouvernement français Olivier Véran affirmait cette semaine qu’envisager un boycott était « compliqué », éludant les critiques sur le respect des droits humains.



Selon Amnesty International, au moins 6.500 ouvriers seraient morts sur les chantiers de la Coupe du Monde, et la climatisation des stades pose gravement question à l’heure après un été où les conséquences du réchauffement climatique ont été particulièrement violentes. Par ailleurs, l’ensemble de projets liés à North Field constitue l’une des plus importantes « bombes carbone » recensées récemment par les scientifiques, dont l’exploitation rendrait impossible la tenue de l’objectif des accords de Paris sur le climat.