Comment Donald Trump amplifie le complotisme de Qanon sans complexe

décodage L’ex-président américain republie régulièrement des thèses complotistes sur Truth Social, et semble avoir fait écho au mouvement Qanon lors de son dernier meeting

Philippe Berry
Des supporters de Donald Trump lèvent le bras, l'index tendu, le 19 septembre 2022 à Youngstown, dans l'Ohio.
Des supporters de Donald Trump lèvent le bras, l'index tendu, le 19 septembre 2022 à Youngstown, dans l'Ohio. — AFP

Il ne se cache plus. Donald Trump, qui avait assuré ne « pas connaître » le mouvement Qanon lors de la campagne de 2020, flirte désormais ouvertement avec ses thèses complotistes et ses codes. Sur son réseau Truth Social, mais également lors de son dernier meeting électoral, ce week-end.

Les images ont fait le tour des médias américains. Samedi, Donald Trump en termine à Youngstown, dans l’Ohio, où il est venu soutenir le candidat républicain à la sénatoriale, JD Vance. Insécurité, inflation, « fake news »… L’ancien président énumère les problèmes d’une « nation en déclin », parlant sur une musique mélancolique. Des centaines de ses supporters lèvent alors le bras, l’index tendu, pendant plusieurs minutes.



Musique anodine ou hymne Qanon ?

En fait, Donald Trump a repris le texte et la musique d’un de ses clips de campagne du mois dernier. Interrogées par le New York Times, ses équipes affirment qu’il s’agit d’un morceau libre de droits, Mirrors, du compositeur américain Will Van De Crommert, disponible sur la banque Artlist.io. Mais le même morceau, note pour note, existe également sur Spotify et YouTube sous le titre wwg1wga, l’acronyme de la devise Qanon « Where we go one, we go all » (Où l’un de nous va, nous y allons tous »). Les crédits l’attribuent à l’artiste Richard Feelgood, qui semble être le nom de scène d’un Finlandais partageant d’étranges vidéos dans lesquelles il apparaît sous une tête d’ours. Contacté par 20 Minutes, ni Van de Crommert, ni Richard Feelgood, n’ont donné suite.

Pure coïncidence ou choix délibéré de Donald Trump, impossible de le déterminer à ce stade. Mais dans les sphères Qanon, la référence, reçue cinq sur cinq, est vue comme une validation du mouvement.



L’origine du geste bras levé/index tendu, qui semble s’être propagé en quelques secondes, selon les images, reste pour l’instant mystérieuse. Certains y voient simplement l’expression d’une ferveur quasi-religieuse. D’autres un écho à un geste du nationaliste Nick Fuentes pour l’agenda « America First », ou encore une référence au « one » de Qanon. Sur CNN, l’ancienne élue républicaine Barbara Comstock a critiqué « un festival Qanon » de l’ancien président.



Le complotisme de Qanon amplifié par Trump sur Truth Social

Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a franchi un nouveau palier la semaine dernière : il a partagé un mème « The Storm is coming » (la tempête arrive) le montrant avec un pin’s photoshoppé « Q » sur sa veste. La tempête fait référence à l’hypothétique moment – sans cesse repoussé – qui doit voir Donald Trump juger ou éliminer les usurpateurs de l’Etat profond pour faire son retour au pouvoir.

Selon une analyse de l’agence AP, sur les 75 comptes Truth Social que Donald Trump a relayés le mois dernier, un tiers partage régulièrement des contenus Qanon. Le 29 août, il a même exigé que le verdict des urnes soit annulé et le « vainqueur légitime rétabli ».