Salman Rushdie, poignardé sur scène pendant une conférence aux Etats-Unis, placé sous respirateur

ATTAQUE L’écrivain menacé de mort depuis la fin des années 1980 pour son livre « Les Versets sataniques » a été opéré en urgence

20 Minutes avec AFP
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L'écrivain Salman Rushdie au Forum de l'économie positive au Havre, le 13 septembre 2016.
L'écrivain Salman Rushdie au Forum de l'économie positive au Havre, le 13 septembre 2016. — CHARLY TRIBALLEAU / AFP
  • L’écrivain britannique d’origine indienne Salman Rushdie a été attaqué au couteau vendredi, alors qu’il participait à une conférence dans l’Etat de New York aux Etats-Unis.
  • Auteur de l’ouvrage controversé Les versets sataniques, il était devenu la cible d’une fatwa de l’ayatollah iranien Rouhollah Khomeiny en 1989.
  • Son agresseur présumé, un jeune homme de 24 ans, a été arrêté par la police. L’écrivain, opéré en urgence, est sous respirateur.

Opéré en urgence après avoir été poignardé, Salman Rushdie est sous respirateur et ne peut pas parler. « Les nouvelles ne sont pas bonnes. Salman va probablement perdre un œil ; les nerfs de son bras ont été sectionnés ; son foie a été poignardé et endommagé », a indiqué son agent Andrew Wylie aux médias vendredi soir.

Salman Rushdie s’apprêtait à donner une conférence à Chautauqua, dans l’ouest de l’Etat de New York, quand un homme l’a attaqué avec un couteau. L’auteur britannique Salman Rushdie a été poignardé vendredi, a confirmé à l’AFP la police du comté de Chautauqua. L’animateur de la conférence, Ralph Henry Reese, 73 ans, a, lui, été « blessé légèrement au visage ».

L’agresseur a été aussitôt arrêté et placé en détention, a précisé le major Staniszewski, révélant que l’attaquant était Hadi Matar, 24 ans, originaire de l’Etat du New Jersey. L’auteur a été transporté à l’hôpital en hélicoptère.



Plusieurs centaines de personnes étaient réunies dans ce centre de conférence, où Rushdie était déjà intervenu par le passé. Elles ont été évacuées de la salle. « L’événement le plus terrible vient d’arriver à la Chautauqua Institution - Salman Rushdie a été attaqué sur scène. L’amphithéâtre est évacué », a écrit un témoin sur les réseaux sociaux. Des images vidéo diffusées sur les réseaux sociaux montrent des spectateurs d’une salle de spectacle se précipiter sur scène pour porter secours à quelqu’un qu’on aperçoit au sol.

Tête mise à prix

En publiant l’ouvrage controversé Les versets sataniques, Rushdie était devenu la cible d’une fatwa de l’ayatollah iranien Rouhollah Khomeiny en 1989. Une prime de 3 millions de dollars était alors offerte à quiconque tuait l’écrivain.

Pourtant l’auteur, né en 1947 à Bombay en Inde, deux mois avant son indépendance de l’Empire britannique, essaie de ne pas être réduit au scandale provoqué par la publication de cet ouvrage, qui avait embrasé le monde musulman et conduit en 1989 à une "fatwa" demandant son assassinat.



« Mon problème, c’est que les gens continuent de me percevoir sous l’unique prisme de la fatwa », avait dit il y a quelques années ce libre-penseur qui se veut écrivain, pas symbole. Contraint dès lors de vivre dans la clandestinité et sous protection policière, allant de cache en cache, il se fait appeler Joseph Anton, en hommage à ses auteurs favoris, Joseph Conrad et Anton Tchekhov. Il doit affronter une immense solitude, accrue encore par la rupture avec sa femme, la romancière américaine Marianne Wiggins, à qui « Les versets… » sont dédiés.

Installé à New York depuis quelques années, Salman Rushdie - sourcils arqués, paupières lourdes, crâne dégarni, lunettes et barbe - avait repris une vie à peu près normale tout en continuant de défendre, dans ses livres, la satire et l’irrévérence.

Réactions multiples

« Depuis 33 ans, Salman Rushdie incarne la liberté et la lutte contre l’obscurantisme. La haine et la barbarie viennent de le frapper, lâchement », a affirmé le chef de l’Etat français sur Twitter, affirmant que « son combat est le nôtre, universel ».

« C’est un symbole de résistance face au totalitarisme islamiste qui a été attaqué », a réagi sur Twitter le président du Rassemblement national, Jordan Bardella. « Cette attaque prouve que les islamistes ne désarmeront jamais », a abondé le maire de Perpignan Louis Aliot, candidat à la tête du Rassemblement national.

« Les fanatiques religieux qui ont lancé une fatwa contre lui en portent sans doute la responsabilité », a vilipendé le député Insoumis Alexis Corbière. « Poignardé par la haine islamiste », a fustigé le leader communiste Fabien Roussel. Boris Vallaud, chef des députés socialistes a condamné une attaque « grave et intolérable ». « C’est la liberté qui est attaquée », a fustigé le président du groupe écologiste à l’Assemblée Julien Bayou, parlant d’une « ignoble fatwa ». Pour l’ancienne candidate de droite à la présidentielle Valérie Pécresse, Salman Rushdie « incarne la liberté d’expression face aux totalitaristes islamistes ».

Le Premier ministre britannique Boris Johnson s’est quant à lui dit « atterré » par l’agression dont a été victime vendredi son compatriote l’écrivain Salman Rushdie aux Etats-Unis. Je suis « atterré que Sir Salman Rushdie ait été poignardé alors qu’il exerçait un droit que nous ne devrions jamais cesser de défendre », a réagi Johnson dans un tweet, en allusion à la liberté d’expression. « Je pense à ses proches. Nous espérons tous qu’il va bien », a ajouté le chef du gouvernement.