Michel Rocard: «La France a un rôle à jouer dans le sens de l'intérêt général»

POLES Avec la fonte des glaces, l'Arctique est devenue une terre d'enjeux. L'ambassadeur de France pour les pôles fait le point...

RECUEILLI PAR ARMELLE lE GOFF

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Michel Rocard est ambassadeur de France pour les pôles depuis mars 2009.
Michel Rocard est ambassadeur de France pour les pôles depuis mars 2009. — Le Cercle polaire

Quel est votre rôle, en tant qu'ambassadeur pour les pôles?

J'ai été nommé à ce poste dans le but de piloter la diplomatie française, qui cherche à édicter des règles meilleures en ce qui concerne l'Arctique. Pour l'Antarctique, depuis la signature, en 1991, d'un protocole que nous avions obtenue lorsque j'étais Premier ministre avec mon homologue australien Robert Hawke, la situation est différente. La zone est désormais une terre de sciences protégée. L'urgence se situe en Arctique, qui, depuis quelques années, subit de nombreux bouleversements liés au réchauffement climatique. Première conséquence: le recul de la banquise, qui perturbe le quotidien de la faune de la région. Mais aussi les axes de circulation maritime. Pour la première fois, à l'été 2008, les deux routes navigables autour de du pôle Nord se sont libérées, offrant un raccourci d'au moins 4.000 km entre l'Europe et les Etats-Unis. Cela nécessite une remise à plat des voies de passage. Autre enjeu: l'accès aux ressources hydrocarbures extraordinaires de la région. Nous sommes face à un problème de gouvernance de l'Arctique qui concerne l'ensemble de la communauté internationale.

Est-il possible d'aboutir pour l'Arctique à un protocolesimilaire à celui de l'Antarctique ?

Non. Ce que l'on a obtenu pour l'Antarctique ne pourra s'appliquer à l'Arctique. Ne serait-ce que parce que l'Arctique est une zone peuplée par quelque 300.000 Inuits, mais aussi parce qu'il est bordé par cinq Etats riverains (Russie, Etats-Unis, Canada, Danemark, Norvège) et non-riverains (Islande, Finlande et Suède), regroupés au sein du Conseil arctique, qui considèrent qu'ils ont des responsabilités particulières dans la région. La France, en tant que membre observateur permanent du Conseil, a un rôle à jouer dans le sens de l'intérêt général. Mais je ne crois pas à une négociation globale, la partition sera différente selon les sujets: la sécurité maritime, la pêche, etc. Avant toute prise de décision, il me semble que la priorité devrait être de mener des enquêtes scientifiques rigoureuses pour jeter les bases des futures réglementations.

Moins de glace, plus d'éruptions?

La fonte des glaces peut-elle entraîner une hausse de l'activité volcanique? Selon une étude réalisée par des chercheurs britanniques et islandais en 2008, il semble que la diminution de la calotte glaciaire recouvrant les volcans islandais puisse avoir une incidence sur leur activité. Une question d'actualité alors que l'éruption de l'Eyjafjöll paralyse le ciel européen...