Benoît XVI de nouveau accusé de laxisme vis-à-vis d'un prêtre pédophile

PEDOPHILIE Il aurait traîné des pieds pour défroquer un prêtre californien, soucieux du «bien de l'Eglise universelle»...

B.D. avec agence

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Benoît XVI lors de la célébration du Vendredi Saint à la basilique St Pierre, le 2 avril 2010
Benoît XVI lors de la célébration du Vendredi Saint à la basilique St Pierre, le 2 avril 2010 — REUTERS/G.Sposito

Bis repetita. Le pape Benoît XVI est encore et toujours au coeur de la polémique. Cette fois, c'est la révélation de ses réticences à défroquer un prêtre californien accusé de pédophilie dans les années 80 qui fait des remous.

L'affaire a été révélée vendredi par l'avocat Jeff Anderson, via des lettres échangées entre le Vatican et le diocèse californien d'Oakland. Ces lettres décrivent les «libertés sexuelles» prises en 1978 par le père Stephen Kiesle avec «six adolescents âgés de 11 à 13 ans», des faits reconnus par l'intéressé devant la justice, selon l'avocat, qui défendait plusieurs des victimes.

Près de 10 ans d'attente

A sa propre demande, le père Kiesle avait demandé à être défroqué, une requête relayée auprès du Vatican par l'évêque d'Oakland John Cummins en 1981. Le Vatican répondit à l'évêque qu'il souhaitait obtenir des informations supplémentaires sur l'affaire.

Elles furent envoyées par John Cummins en février 1982 au cardinal Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI, alors à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il écrivait dans son courrier qu'il avait la «conviction» que défroquer le père Kiesle «ne ferait pas scandale», ajoutant: «Ce serait un scandale plus grand pour la communauté si le père Kiesle retrouvait son ministère».

Malgré les demandes répétées du diocèse d'Oakland, il faudra attendre le 6 novembre 1985 pour que Joseph Ratzinger réponde à John Cummings.Dans cette réponse, rédigée en latin, le cardinal reconnaît la «gravité» de la situation mais se montre réticent à prendre une décision immédiate, soucieux des effets qu'elle pourrait avoir sur «le bien de l'Eglise Universelle». Pour le futur pape, l'affaire doit faire l'objet «d'une attention particulière, qui nécessite beaucoup de temps».

L'affaire étouffée par le Vatican?

A la lecture de cette lettre, le père George Mockel, du diocèse d'Oakland, avait estimé que le Vatican «allait s'asseoir sur l'affaire jusqu'à ce que Steve (Kiesle) devienne un peu plus âgé. Je pense que c'est regrettable». Le père Kiesle fut finalement défroqué en 1987. Selon Jeff Anderson, un an plus tard, il travailla pendant huit mois comme coordinateur des activités pour les jeunes dans la paroisse californienne de Pinole.

Un porte-parole du Vatican, Ciro Benedettini, a assuré vendredi à l'agence Ansa que «l'alors cardinal Joseph Ratzinger n'a pas couvert le cas, comme il est clairement compréhensible en lisant la lettre, mais il a fait état de la nécessité d'étudier le cas avec une attention majeure, en ayant présent à l'esprit le bien de toutes les personnes impliquées». Jeff Anderson affirme pour sa part que les documents montrent de façon «incontestable que le cardinal Ratzinger et le Vatican ont étouffé et continuellement nié» les affaires de pédophilie au sein de l'Eglise.