Les pluies diluviennes sèment le chaos à Rio

REPORTAGE Les torrents d'eau qui se sont abattues sur la ville brésilienne mardi ont fait au moins 102 morts et une centaine de blessés...

Charlotte Valade, à Rio de Janeiro

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Une rue de Rio sous les eaux après les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la ville, mardi 6 avril 2010
Une rue de Rio sous les eaux après les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la ville, mardi 6 avril 2010 — AFP PHOTO/ANTONIO SCORZA

Chaos. C’est le seul mot pour qualifier la situation de Rio après 17 heures de pluies diluviennes. La ville est paralysée, et les éboulements de terrains ont fait au moins 102 morts dans l'Etat et plus d'une centaine de blessés, selon le dernier bilan des pompiers mercredi matin.

Le chaos provoqué par ces pluies est la conséquence de l'urbanisation sauvage des grandes villes du sud-est du Brésil mal préparées à faire face aux pluies tropicales, ont affirmé des experts. Des communes sinistrées, des routes et autoroutes inondées et coupées, des pans entiers de collines qui s'écroulent sont les images les plus fréquemment visibles à la télévision quand des pluies torrentielles touchent la région du sud-est surpeuplée du géant sud-américain. Cette région abrite les principales villes du pays - Sao Paulo (18 millions d'habitants avec la banlieue) et Rio de Janeiro (11 millions) - qui ont vécu une série de drames lors de la saison des pluies estivales, de décembre à mars.

Rio n’avait jamais vu tomber de telles quantités d’eau tomber sans discontinuer. Suffisamment pour remplir 300 000 piscines olympiques! Les premières bourrasques ont surpris la ville mardi à la sortie des bureaux, paralysant complètement le trafic et les transports en commun.

Après avoir attendu plus de quatre heures son bus, Dona Ilda, employée de maison, 65 ans, se décide à rejoindre à pied la maison de sa sœur, plus proche du centre ville que la sienne : «Mais dites-moi, c’est comme ça qu’on va accueillir les jeux Olympiques?», demandait-elle, de l’eau jusqu’aux genoux. Sa fille, elle, est retournée, comme de nombreux cariocas sur son lieu de travail au milieu de la nuit.

L’équipe nationale féminine de Volley et leur entraineur Bernardinho ont même fini par dormir au «maracanãzinho», petit stade couvert voisin du fameux Maracanã, faute de pouvoir prendre la route.

 

Les habitants appelés à rester chez eux

 

Au matin, le maire de Rio, Eduardo Paes, a demandé à la population carioca de rester chez elle, de ne pas chercher à rejoindre le centre de la ville, où se concentrent l’essentiel des bureaux. Les écoles sont restées fermées, publiques comme privées, et un grand nombre de boutiques ont dû garder leurs rideaux fermées. Faute d’employés pour y travailler, de livraisons de produits à vendre, ou tout simplement parce que les rayons étaient inondés.

Les principaux axes de la ville sont restés paralysés, voire interdits, jusqu’en fin de matinée. Sur la quatre voies qui longe la Lagoa, une lagune où convergent de grands accès entre les quartiers sud et le nord de la ville, on pouvait voir les pédalos en forme de cygnes à la dérive.

Si l’eau commence à s’évacuer, la boue sur les routes et le remorquage des véhicules abandonnés continuent de ralentir le flux normal de la circulation. Les commissariats de police ont ouvert leurs portes aux cariocas qui souhaitent attendre que la situation revienne à la normale pour rentrer chez eux.

 

Danger imminent

 

Toute l’eau accumulée sous la terre provoque de nombreux éboulements, glissements de terrains. Le nombre de victime augmente d’heure en heure. Tour à tour, le maire de la ville, le gouverneur de l’Etat, Serge Cabral, et enfin le président Lula ont appelé les habitants de«zone à risque» à quitter leur maison et se mettre à l’abri.

L’école de Samba Mangueira qui se trouve au pied de la favela du même nom, ouvre par exemple ses portes pour les héberger. Mais certains habitants ont peur de se faire voler leurs biens.

Junior, 20 ans, a tout juste eu le temps de sauver sa famille. «J’ai appelé mes parents qui habitent au dessus de chez moi, mais quand on a ouvert la porte il y avait déjà un torrent de boue. On est passé par la fenêtre».

Les pompiers ont parfois beaucoup de mal à atteindre les zones sinistrées. Après une petite accalmie, la pluie et le vent ont repris en fin d’après-midi, et les prévisions météorologiques ne sont pas optimistes pour les jours à venir. Une dizaine de quartiers est sans électricité et quatre stations des quartiers sud du métro sont fermées.