Crainte de troubles raciaux en Afrique du Sud après le meurtre d'un extrémiste blanc

AFRIQUE DU SUD Le président Jacob Zuma a appelé au calme après le meurtre d'Eugene Terre'Blanche...

Avec agence

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Eugene Terre'Blanche, leader extrémiste en Afrique du Sud, le 23 mars 1994.
Eugene Terre'Blanche, leader extrémiste en Afrique du Sud, le 23 mars 1994. — REUTERS

Le président sud-africain Jacob Zuma a appelé à l'«unité» et à la «responsabilité» dimanche, au lendemain du meurtre du leader d'extrême droite Eugene Terre'Blanche, tandis que les partisans de la suprématie blanche criaient vengeance. «Nous, dirigeants, devons unir nos appels au calme dans le pays», a déclaré le chef de l'Etat, s'adressant à la nation à l'ouverture du principal journal télévisé du soir.

«Nous devons tous faire preuve de responsabilité dans les déclarations que nous pouvons faire dans ce pays, un pays qui travaille avec acharnement à la réconciliation», a ajouté Jacob Zuma, dans une mise en garde qui vise autant son propre camp que l'extrême droite.

Tensions raciales

Le meurtre de Terre'Blanche, apparemment commis par deux ouvriers agricoles noirs après une querelle sur des salaires non versés, ravive les tensions raciales dans un pays où la couleur de la peau reste un sujet douloureux seize ans après la fin officielle du régime d'apartheid.

Le Congrès national africain (ANC, parti au pouvoir) a estimé pour sa part qu'aucune raison ne pouvait justifier le meurtre de Terre'Blanche. «Nous lançons un appel à tous les Sud-Africains pour qu'ils se gardent de toute déclaration hâtive, alors que les auteurs (de ce crime) se sont rendus aux autorités chargées de l'application de la loi», a déclaré l'ANC dans un communiqué. Selon la police, deux employés de la ferme de Terre'Blanche, âgés de 15 et 21 ans, ont été arrêtés.

Peur et colère

Le Mouvement de résistance afrikaner (AWB), groupuscule créé par Terre'Blanche qui s'était opposé par la violence à la transition post-apartheid au début des années 1990, a incité dimanche ses membres à «s'armer» afin de se défendre. Son secrétaire général, André Visagie, a promis que l'AWB déciderait «des actions pour venger la mort de Terre'Blanche» au cours d'une conférence, demandant à ses membres de «rester calmes pour le moment.»

La peur et la colère étaient palpables dimanche à Ventersdorp (nord-ouest), le village de Terre'Blanche. Devant l'exploitation agricole de l'extrémiste battu à mort, des dizaines de partisans s'étaient rassemblés. «Ils (les Noirs, ndlr) tuent nos fermiers», affirmait l'un d'eux, refusant d'être nommé par crainte de «représailles». «Tuer un vieil homme, comme ça, dans son sommeil, il n'y a pas de quoi être fier», ajoute-t-il. Terre'Blanche avait 69 ans.

Le président Zuma avait appelé au calme dès les premières heures qui ont suivi l'annonce du crime. Dans un geste d'apaisement, son ministre de la Police, Nathi Mthethwa, et le directeur de la police nationale, Bheki Cele, ont rendu visite dimanche à la famille de la victime.

Terre’Blanche à la tête de milices

Terre'Blanche a consacré sa vie à la défense de la suprématie blanche. A la tête de milices paramilitaires dotées d'un emblème proche de la croix gammée nazie, il avait organisé des attentats meurtriers pour s'opposer aux premières élections multiraciales, en 1994. Depuis, l'AWB est tombé en désuétude. Emprisonné en 2001 pour avoir tenté d'assassiner un garde de sécurité noir, Terre'Blanche avait été libéré en 2004 pour bonne conduite et était tombé dans un oubli relatif.

Mais son meurtre intervient au beau milieu d'une polémique autour d'un chant de libération appelant à «tuer les Boers» (fermiers blancs), remise au goût du jour par le président controversé de la Ligue de la Jeunesse du parti au pouvoir, Julius Malema. Deux tribunaux ont interdit cette chanson, accusée par l'opposition et diverses associations d'inciter à la violence raciale, mais le Congrès national africain (ANC) au pouvoir l'a défendue au nom de la mémoire de la lutte anti-apartheid.