Daguestan: «Les attentats vont profiter au pouvoir russe qui va renforcer la répression»

INTERNATIONAL Thornike Gordadze, chercheur et responsable de l'observatoire du Caucase à l'institut français des études anatoliennes d'Istanbul, analyse pour 20minutes.fr la situation dans le Caucase russe...

Propos recueillis par Corentin Chauvel

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AFP PHOTO / NEWSTEAM / ZAUR HALIKOV

Pensez-vous que les attentats de Moscou et de Kizliar soient liés?
Oui, il y a des chances pour qu'ils soient liés même si, pour le moment, personne n'a pris la responsabilité de ces actes. La technique a été à peu près la même à chaque fois, avec des kamikazes, des femmes à Moscou, des hommes à Kizliar.

Ces attentats, et plus particulièrement ceux de Moscou, visent clairement à atteindre le régime de Poutine, afin de montrer que le rétablissement de l'ordre est un leurre. Toutefois, il faut savoir qu'au Daguestan, il existe une guerre larvée depuis plusieurs années et il y a des attentats toutes les semaines.

Quelle est la situation actuelle au Daguestan?
La guérilla s'est étendue un peu partout dans le Caucase à partir du conflit tchétchène. Cependant, il s'agit d'une région où cohabite une trentaine d'ethnies et les acteurs sont multiples. Il y a la mafia qui fait son business avec le pétrole et le caviar de la mer Caspienne, des islamistes et des groupes de tous bords avec une loyauté changeante.

Le pouvoir fédéral russe mène au Daguestan une politique coloniale, en essayant de «tchétchéniser» la situation. Il paye certains groupes pour en combattre d'autres. Il y a une véritable lutte pour obtenir cet argent. Cependant, la situation est beaucoup plus anarchique qu'en Tchétchénie car il n'y a pas de Ramzan Kadyrov au Daguestan pour parvenir à tout contrôler.

Quelle réaction peut-on attendre du pouvoir fédéral russe?
Au final, ces attentats vont lui profiter car il va pouvoir renforcer la répression. Il y également eu des allusions à la Géorgie, des accusations qui ne sont pas étonnantes et qui visent à discréditer le pouvoir géorgien. Les Géorgiens craignent que les Russes n'en profitent pour «finir le boulot» là-bas.

Mais nous verrons dans quelques jours s'il y a une différence entre les méthodes de Medvedev et celles de Poutine. Va-t-il laisser carte blanche aux services d'ordre russes ou conserver une face plus civilisée? Son poids véritable au sein du pouvoir russe va se révéler.

Quel avenir pour le Daguestan?
Le Caucase du Nord est un foyer d'insurrection permanent depuis le 19ème siècle et il n'y a pas de recette miracle. A moins que le pouvoir fédéral impose un changement total de politique, en essayant de développer l'éducation et l'économie, je ne suis pas très optimiste.

Un degré de radicalisation extrême a été atteint, des gens très jeunes sont désormais capables d'accomplir ce genre d'attentats. Le pouvoir russe place ces actes sur le compte du terrorisme international ou de malades psychiatriques, sans jamais admettre l'échec de sa politique dans la région. Au final, c'est la démocratie en Russie qui est la grande perdante.