Pédophilie: Benoît XVI est-il coupable?

RELIGION La responsabilité du pape est mise en cause dans plusieurs cas de pédophilie qu'il est suspecté d'avoir «couverts»...

C.C. avec agence

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GALAZKA / SIPA

«Il y en a qui ont cherché avec un certain acharnement des éléments pour impliquer personnellement le Saint Père dans les questions des abus sexuels, mais il est clair que ces efforts ont échoué» Federico Lombardi, le porte-parole du Vatican, a défendu avec vigueur les suspicions qui s'accumulent contre Benoît XVI ces derniers jours.

Une vague révélations depuis le début des années 2000

Le futur pape a-t-il été trop indulgent lorsqu'il a eu connaissance de cas pédophiles au sein de l'Eglise? Celui-ci a accepté cette semaine la démission de John Magee, évêque de Cloyne en Irlande, accusé justement de passivité face aux nombreuses affaires d'abus sexuels dans son diocèse. Mais Benoît XVI ne se place dans le même schéma de culpabilité.

«C'est lui-même qui a serré les vis en 2001 en insistant pour que tous les cas d'abus sexuels soient remontés à Rome, même les moins graves», assure à 20 minutes.fr Guillaume de Prémare, consultant en communication et animateur du blog «Médias & Evangiles». Et depuis, la vague des révélations n'en finit plus de déferler, de l'Irlande à l'Australie, en passant par les Etats-Unis et la France.

«Le moment le plus difficile du pontificat de Benoît XVI»

«C'est l'effet boule de neige, les victimes n'ont plus honte de parler», estime le vaticaniste Bruno Bartoloni. «Plus l'Eglise mise sur la transparence, plus les vannes sont ouvertes et sortent au grand jour des cas enfouis dans les catacombes de l'oubli», ajoute Pierluigi Battista dans le Corriere della Serra, qui estime que «l'Eglise de Rome est peut-être en train de vivre le moment le plus difficile du pontificat de Benoît XVI».

Malgré les remous, le pape «s'en tire dignement», estime Guillaume de Prémare. Face aux «calomnies», il ne se «crispe» pas et surtout, «il n'endosse pas l'habit de victime». Le consultant prend pour preuve la lettre pastorale aux Catholiques d'Irlande dans laquelle le pape reconnaît la responsabilité de l'Eglise tout en essayant de restaurer la confiance de ses fidèles.

«La justice de l'Eglise ne se substitue pas à la justice civile»

Face aux accusations directes portées contre le pape, Guillaume de Prémare tient également à rappeler que «la justice de l'Eglise ne se substitue pas non plus à la justice civile». En effet, l'Eglise ne peut rendre que des jugements de conscience, la peine maximale étant l'excommunication, soit la fin de l'exercice de ses fonctions pour un prêtre par exemple.

Une justice seulement spirituelle donc, qui a pour but «que le coupable s'amende afin que son âme soit sauvée», explique Guillaume de Prémare. De plus, «il ne faut pas surestimer ce qu'est le gouvernement de l'Eglise de Rome», ajoute-t-il. «Le Vatican ne possède ni enquêteurs, ni prison».

Le pape Jean-Paul II au courant?

Au contraire, pour Giancarlo Zizola, de la Repubblica, c'est «le fonctionnement structurel de l'Eglise» qui a laissé s'instaurer un système où «l'auto-défense de l'institution, la culture du secret et de la négation ont fini par prévaloir sur les valeurs de justice, transparence et droits humains des innocents».

Et selon lui, «l'opération vérité» ne doit pas s'arrêter là. Car lorsque Joseph Ratzinger traitait les cas d'abus sexuels en tant que préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, de 1981 à 2005, il en référait à son supérieur: le pape Jean-Paul II, dont le processus de béatification est en cours.