Pédophilie: Ces scandales dont Benoît XVI n'a pas pu ignorer l'existence

RELIGION Les cas Hullermann et Murphy ont été portés à sa connaissance, sans conséquences...

Corentin Chauvel

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A. BIANCHI / REUTERS

Alors que Benoît XVI a exprimé samedi dernier la «honte» et le «remord» de toute l'Eglise face au scandale de pédophilie dans le clergé irlandais, le pape a été lui-même éclaboussé par des affaires ayant eu lieu en Allemagne et en Etats-Unis et dans lesquelles son silence est jugé coupable.

Le cas Hullermann
En 1980, le père Peter Hullermann est transféré dans le diocèse du cardinal Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI, pour suivre une thérapie, après avoir fait l'objet de graves accusations de pédophilie à Essen. Mais le vicaire-général de l'époque, Gerhard Gruber, est venu à la rescousse du pape en indiquant assumer «l'entière responsabilité» de la réaffectation de Peter Hullermann en 1980 à des fonctions spirituelles (donc au possible contact des enfants).

Peter Hullerman a finalement été suspendu le 15 mars dernier de ses fonctions par l'archevêché de Munich pour avoir enfreint une interdiction de s'occuper de jeunes datant de 1986. Il était en effet sous le coup d'une condamnation depuis cette date pour sévices sexuels sur mineurs.

Malgré cela, le prêtre avait continué d'exercer des fonctions d'aumônier. Mais de nouvelles accusations du même type, datant de 1998, ont été révélées dans la foulée de sa suspension et transmises à la justice par l'archevêché de Munich.

Par ailleurs, le psychiatre de Peter Hullermann a également fait le choix de briser le secret médical en  affirmant vendredi dernier que l'Eglise avait ignoré ses mises en garde pendant des années.

Le cas Murphy
Prêtre de l'archidiocèse de Milwaukee (Wisconsin), enseignant dans une école pour les sourds, le père Lawrence C. Murphy  aurait abusé sexuellement de plus de 200 enfants malentendants de 1950 à 1974.

Malgré de nombreuses plaintes et une enquête classé sans suites, ce n'est qu'en 1993 que l'archevêque de Milwaukee, Robert G. Weakland, engage «un travailleur social spécialisé dans les affaires de ce genre pour évaluer la conduite» du père Murphy, rapporte le New York Times qui a révélé l'affaire jeudi.

Le prêtre reconnaît alors les actes, tout en n'éprouvant aucun remord. Trois ans plus tard, l'archevêque de Milwaukee tente alors d'avertir le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, chargé d'instruire ce genre d'affaires, afin d'envisager des sanctions contre le père Murphy.

Le futur pape Benoît XVI ne répond pas à la première lettre. Un an plus tard, l'archevêque Weakland renvoie un courrier, au bureau du Vatican cette fois, présageant qu'un «véritable scandale éclaterait certainement».

Sauf que le père Murphy écrit à son tour au Vatican, demandant la clémence de l'Eglise. Il «était vieux, en mauvaise santé, vivait en réclusion et il n'y avait eu aucune information sur d'éventuels abus au cours des vingt dernières années», selon le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi. Le père Murphy meurt en 1998, sans avoir jamais été sanctionné.