Les « chemises rouges » sont en désordre de bataille

Faustine Vincent

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Des manifestants,  hierà Bangkok.
Des manifestants, hierà Bangkok. — S. LALIT / AP / SIPA

Ils avaient annoncé « un million » de participants. Finalement, les partisans de l'ex-Premier ministre en exil, Thaksin Shinawatra, étaient dix fois moins nombreux à manifester hier à Bangkok. Comme à chaque fois, les « chemises rouges », en majorité des paysans, ont réclamé la démission du gouvernement et la tenue d'élections anticipées. Mais, cette fois, elles ont lancé un ultimatum en promettant de marcher aujourd'hui vers la base militaire où s'est retranché le gouvernement thaïlandais, à environ 20 km du centre-ville.

Leur dernier rassemblement, en avril 2009, avait fait deux morts et une centaine de blessés. Pour prévenir tout débordement hier, 50 000 soldats, policiers et civils volontaires avaient été déployés. Mais aucune tension n'était réellement perceptible, selon l'AFP.

La manifestation intervient deux semaines après la saisie de plus de la moitié de la fortune de Thaksin, jugé coupable d'abus de pouvoir et de conflit d'intérêts lorsqu'il dirigeait le pays (2001-2006). L'ex-Premier ministre, qui possède encore un milliard de dollars, s'est adressé hier à ses partisans par vidéoconférence depuis un lieu inconnu. « Ce n'est pas le problème d'une personne, nous combattons pour la justice », a-t-il lancé, se jugeant victime de « tyrans au sein de l'élite ».

Sur le fond, deux forces s'opposent : les masses rurales (65 % de la population) et les élites urbaines. « Thaksin est derrière ces manifestations, explique Sophie Boisseau du Rocher, auteur de L'Asie du Sud-Est prise au piège (éd. Perrin). La question c'est : va-t-il réussir à générer une impulsion ou finir par lasser et démobiliser la population ? L'opposition n'est pas structurée et réclame la même chose en boucle. » Une faiblesse que le Premier ministre actuel, Abhisit Vejjajiva, utilise à son avantage. Hier, il a invité l'opposition à discuter sur un véritable programme politique. Ce qu'elle est, pour l'heure, incapable de faire. W