Parvin Ardalan: «Notre site a été censuré 22 fois»

INTERVIEW Un collectif de cyberféministes a reçu ce jeudi, à Paris, un prix récompensant le net citoyen. Rencontre avec l'une des militantes de ce site...

Propos recueillis par Oriane Raffin

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Parvin Ardalan, représentante du collectif de cyberféministres iraniennes «changement pour l’égalité».
Parvin Ardalan, représentante du collectif de cyberféministres iraniennes «changement pour l’égalité». — DR

Parvin Ardalan, représentante du collectif de cyberféministres iraniennes «changement pour l’égalité» était présente en France ce jeudi pour recevoir le 1er prix du net citoyen, remis par RSF et Google, à la veille de la journée de lutte contre la cybercensure. Ce site, conçu par une vingtaine de femmes, a vu le jour en septembre 2006. La militante explique les difficultés rencontrées en Iran par les opposants aux régimes sur le Web.

Quel était l’objectif de votre site à son lancement?
Notre site promouvait la campagne «un million de signatures pour obtenir la modification de lois discriminatoires envers les femmes». Au départ, nous réclamions la modification des lois concernant la famille, comme le mariage, le divorce, la peine de mort. Nous réclamions l’égalité dans la loi entre les hommes et les femmes. Sur le site, nous avons commencé à raconter ce que nous faisions, ce que nous réclamions, à commenter l’actualité, et parler de l’avancement des signatures.

Comment a-t-il été reçu par les autorités?
Nous avons eu beaucoup de problèmes à cause de ça. Les autorités ont fait pression sur nous, nous disant que notre action allait à l’encontre de la sécurité nationale. Nous avons essayé d’expliquer que ce n’était pas contre la sécurité, mais un moyen de changer, d’interpeller les gens, d’augmenter la prise de conscience des gens au sujet des lois, et essayer de les changer.

Notre site a été censuré 22 fois, nous avons changé à chaque fois le domaine du site Web. Depuis ça va mieux, mais les problèmes sont importants sur les serveurs: vitesse lente, filtrage... l’utilisation d’Internet dans le pays diminue. Nous essayons de trouver d’autres solutions pour dépasser ces problèmes techniques.

Comment luttez vous contre la censure?
Il faut penser à d’autres moyens. Quand les autorités censurent un site, qu’on l’ouvre ailleurs, ils le recensurent, etc. Je pense que nous devons réfléchir à d’autres outils. Nous utilisons Gmail, Skype, ou des outils fournis par Google qui permettent d’envoyer des vidéos par exemple.

Jusqu’à présent, ils n’ont pas réussi à bloquer Skype et ne peuvent pas écouter les conversations. Mais quand ils arrêtent quelqu’un, ils lui demandent son identifiant sur Skype. Le problème, c’est que le logiciel garde des archives sur les ordinateurs. Quand ils arrêtent quelqu’un, ils essaient d’avoir son ordinateur. Et là, ils apprennent tout, et peuvent retrouver les conversations écrites.

De la même façon, ils ne peuvent pas accéder à Gmail (service de messagerie de Google), mais quand ils arrêtent quelqu’un, ils essaient d’avoir son mot de passe. Les autorités peuvent ainsi accéder à son groupe Google, lire toutes les conversations et avoir accès aux adresses des autres. Maintenant, quand quelqu’un est arrêté, on le retire immédiatement du groupe.

Aujourd’hui, quelles sont vos actions?
Notre rôle est aussi important, car en parallèle de la campagne de départ, nous essayons d’augmenter la réflexion autour des inégalités dans notre société. Nous avons aussi un rôle agrégateur avec les mouvements étudiants, ethniques ou de travailleurs, car nous nous sommes aperçus qu’il y a beaucoup de femmes dans ces mouvements aussi.

Maintenant, nous réfléchissons à aller ailleurs que sur Internet. Les gens qui utilisent le Web sont surtout les jeunes. Dans les petites villes ou villages, ils n’ont pas accès à Internet. Nous avons besoin d’un autre média pour passer l’information, nous envisageons peut-être de lancer une radio dans le futur, de développer un mouvement de médias sociaux.

Que signifie pour vous ce prix du net citoyen?
Ce prix est important car il montre que la liberté d’expression peut aussi être difficile sur Internet. Il attire l’attention des gens sur ces défenseurs des droits de l’homme qui travaillent sur Internet.