Un avocat « noble, loyal et sans pareil », selon Saddam Hussein

Armelle Le Goff

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Khalil al-Doulaïmi a quitté le barreau après la mort de l'ancien président irakien.
Khalil al-Doulaïmi a quitté le barreau après la mort de l'ancien président irakien. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Khalil al-Doulaïmi est un homme passionné. Lorsqu'il évoque Saddam Hussein, l'ancien président irakien, exécuté le 30 décembre 2006, il vibre de toute de sa fibre patriotique. « Grâce à lui, l'Irak, mosaïque ethnique et confessionnelle, dominait le monde arabe », affirme-t-il encore aujourd'hui. « Avant de devenir son avocat, je n'étais pas proche de lui. Mais c'était le président légitime de l'Irak, c'est pour cela que j'ai choisi de le défendre. » Son ouvrage est à son image. Saddam, les secrets d'une mise à mort livrés par son avocat (Editions Sand) manque cruellement de recul.

Chronique des rencontres des deux hommes durant les trois années de captivité du président déchu, le livre tient autant du pamphlet, visant les Etats-Unis, Israël et surtout l'Iran, accusés d'être à l'origine de la faillite du régime, que de l'inventaire complaisant de plus de trente années de règne sans partage de la part de Saddam Hussein. Dictateur brutal, il est présenté comme un président soucieux de justice. Une appréciation qui, au regard de l'histoire, peut pour le moins être mise en doute : en 1988 notamment, Saddam Hussein a ordonné l'opération Al-Anfal, qui a entraîné la mort de 100 000 à 200 000 Kurdes.

Al-Doulaïmi reconnaît bien quelques « erreurs » de la part de Saddam. Par exemple, l'invasion du Koweït en 1990, « un piège tendu par les Américains qui devait entraîner la guerre de 2003 ». Mais rien qui ne dépasse le traumatisme qu'est pour ce sunnite originaire d'Al-Anbar la chute du régime de Saddam Hussein et l'accession au pouvoir, en 2005, des partis chiites. « Les Sunnites irakiens sont traumatisés depuis le renversement de Saddam Hussein et la prise de pouvoir de ceux - majoritaires dans le pays - qu'ils considèrent comme leurs ennemis mortels. Après avoir eu pendant des années la haute main sur le pouvoir, par le biais du parti Baas, ils n'accepteront jamais d'être minoritaires », atteste Pierre-Jean Luizard, chercheur au CNRS et spécialiste de l'Irak. De fait, réfugié en Jordanie, comme près d'un million de ses concitoyens, Al-Doulaïmi n'imagine pas, pour l'instant, retourner vivre dans un pays tombé, à ses yeux, sous la coupe de Téhéran. « Les sanctions économiques contre l'Iran ne sont pas satisfaisantes, plaide-t-il. La communauté internationale devrait voter des sanctions plus dures. » Pour l'Irak, il appelle de ses voeux la fin du confessionnalisme qui phagocyte la vie politique du pays. Mais celle-ci paraît encore bien loin. « Seule une remise à plat de la Constitution, mise en place en 2005 avec les Américains, peut permettre aux Irakiens d'accéder à un consensus sur l'organisation du pouvoir et permettre une stabilisation à long terme du pays », considère Pierre-Jean Luizard.

« Noble, loyal et sans pareil Khalil », commence un poème que Saddam Hussein a écrit pour son avocat. A chaque rendez-vous, Al-Doulaïmi lui baisait les mains et a même tenté d'arranger une évasion. Si bien que la veille du verdict d'un procès qualifié d'inique, l'avocat éclate en sanglots. « Les Américains accoururent vers moi et tentèrent de me consoler. Mais j'appelai aussitôt mes confrères : je ne voulais pas me faire consoler par les Américains qui étaient la cause de tous les malheurs de l'Irak. » Depuis, il a décidé de ne plus jamais exercer comme avocat. W