d'anciens soldats racontent l'occupation des territoires

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C'est une organisation de vigilance, née en 2004 et composée d'anciens soldats de Tsahal, l'armée israélienne. Son objectif : partir du témoignage des appelés pour raconter l'occupation des territoires palestiniens. Car la réalité ne correspond plus toujours aux idéaux portés par une armée autoproclamée la plus humaine du monde. Et célébrée comme telle par ses citoyens. L'ONG Breaking the silence [rompre le silence] est née de ce décalage. « La société israélienne préférerait ne pas savoir, explique Yehuda Shaul, codirecteur de Breaking the silence. Mais certains d'entre nous ne peuvent pas. Ils veulent faire connaître le coût moral que paient les appelés pour la tranquillité des Israéliens. Et je crois que nos années sous les drapeaux nous donnent ce droit-là. »

La publication, en juin 2009, de leur rapport sur l'opération Plomb durci, en janvier de la même année à Gaza, a fait beaucoup de bruit. Il évoque l'emploi sans discernement de munitions incendiaires au phosphore blanc, ce que dément l'état-major, mais qui corrobore les accusations portés par différentes ONG. Des « destructions massives ne répondant à aucune menace directe » sont dénoncées par les soldats. « Nous n'avons pas vu une seule maison intacte [...]. Les infrastructures, les chemins, les champs, les routes, tout était en ruine. Les [bulldozers] D-9 avaient tout écrasé », raconte un militaire.

Un autre rapport publié en avril 2008 porte sur le quotidien des soldats dans la région d'Hébron, une zone de grande tension. La cité où vivent 160 000 Palestiniens, est occupée, en son centre, par un millier de colons qui vivent barricadés autour du tombeau d'Abraham. Là, les vexations, petites ou grandes, sont monnaie courante : Palestiniens menottés pendant des heures aux checkpoints, fouilles de nuit, passages à tabac. « Un endroit où tout ce que vous faites, vous le faites avec la conscience de mal agir », raconte un témoin. W

Armelle Le Goff