Irak: «Des élections législatives très importantes pour les Irakiens eux-mêmes»

ENTRETIEN Denis Bauchard, conseiller spécial à l'Institut français des relations internationales (Ifri), analyse pour 20minutes.fr l'importance du scrutin qui s'ouvre dimanche dans le pays...

Propos recueillis par Corentin Chauvel

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M.JABER / REUTERS
Quels sont les enjeux de ce scrutin?
Ils sont très importants pour les Américains, l'ensemble du Moyen-Orient, mais surtout pour les Irakiens eux-mêmes. Le résultat de ces élections permettra de voir si le processus de sécurisation et de reconstruction du pays peut se poursuivre ou s'il tourne court. 2010 sera un véritable moment de vérité pour l'Irak.

Qu'est-ce qui a changé depuis le dernier scrutin de 2005?
Les élections législatives de 2005 étaient les premières depuis la chute de Saddam Hussein et étaient étroitement contrôlées par les Américains. Cette année, c'est plus ouvert, les Irakiens ont plus d'autonomie.

Toutefois, les Américains ont maintenu la pression pour que les sunnites soient mieux représentés et pour apaiser les tensions après l'exclusion de centaines de candidats accusés d'être d'anciens partisans ou membres du parti Baas de Saddam Hussein. Mais les Américains veulent surtout savoir s'ils peuvent retirer sereinement leurs troupes d'Irak ou pas.

Quelles sont les forces politiques en présence pour ces élections?
La situation politique en Irak est très confuse, il n'y a pas de véritables partis, mais plutôt des coalitions qui se forment autour d'une personnalité.

La seule certitude, c'est que le gouvernement sera mené par un chiite, car 60% de la population est issue de cette mouvance. La véritable question qui se pose est dans quelle mesure les sunnites seront représentés. Ce sera forcément un gouvernement de coalition et il prendra du temps à être formé.

Le Premier ministre Nouri al-Maliki a-t-il des chances d'être reconduit à la tête du gouvernement?
C'est difficile à dire car le jeu est très ouvert. Il peut y avoir une redistribution des cartes si les sunnites sont plus présents. Pourtant, Nouri al-Maliki garde une bonne image auprès des Irakiens. Il a ramené une certaine sécurité et il a négocié le retrait des troupes américaines du pays.

Peut-on s'attendre à une recrudescence des troubles durant ces élections?
Oui, il y a clairement une reprise des violences, avec des attentats spectaculaires et très bien préparés, dans le but de déstabiliser le scrutin et le pouvoir en place. Toutefois on ne sait pas vraiment qui en sont les instigateurs. Cela peut être Al-Qaida ou d'anciens baasistes, mais rien n'est très clair.