La « Révolution du Cèdre » inachevée

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury

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Dimanche, les Libanais n'auront pas la tête à la Saint-Valentin. Nombre d'entre eux manifesteront dans le centre-ville de Beyrouth pour réclamer une nouvelle fois l'indépendance de leur pays. Et surtout la vérité sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005, dans lequel la Syrie est soupçonnée d'être impliquée. En cinq ans, ils ont tout connu : la révolte contre trente ans de tutelle syrienne et le retrait des troupes de Damas après la « Révolution du cèdre », de multiples attentats et une guerre contre Israël en 2006.

Les Libanais ont aussi subi un bras de fer institutionnel entre pro et antisyriens pendant 18 mois, à une semaine de « mini guerre civile » en 2008, la mise en place par l'ONU d'un Tribunal spécial pour juger les auteurs du meurtre de Hariri en 2009... Aujourd'hui, le pays tente de donner toutes les apparences d'unité possible. Mais les animateurs de la « révolution du cèdre », eux, sont bien divisés : les partisans du général Aoun - longtemps en exil en France avant son retour triomphal en mai 2005 - ont rallié l'opposition menée par le Hezbollah, ceux du leader druze Walid Joumblatt attendent le mot d'ordre d'un chef qui s'est désolidarisé du mouvement ces derniers mois... « Rien n'est pire qu'une révolution qui ne va pas jusqu'au bout, comme cela s'est passé il y a cinq ans, déplore Rania, jeune militante des Forces libanaises, parti chrétien hostile au régime syrien. Aujourd'hui, ses soldats ne sont plus là, mais la Syrie est encore bien présente dans nos institutions et ses alliés locaux puissants. Et tout le monde lui fait la cour : l'Arabie saoudite, la France, les Etats-Unis... Le Liban n'est pas prêt d'être indépendant ! » Si les déçus de la « révolution du cèdre » sont inquantifiables, leur absence pourrait se faire remarquer dimanche.

C'est pourquoi les ténors politiques sunnites et chrétiens de la majorité parlementaire battent le rappel, à coups de meetings, d'interviews télévisées et d'affiches par centaines. Saad Hariri, actuel Premier ministre et fils de Rafic Hariri, l'a encore martelé jeudi : « Le 14 février, je serai à vos côtés, nous ne ferons aucun compromis sur le Tribunal international et sur la vérité. » Les Libanais, eux, doutent de plus en plus de voir cette « vérité » éclore un jour. W