Le nucléaire iranien agite une nouvelle fois les débats

IRAN La menace de sanctions n'effraie pas le président iranien...

Armelle Le Goff

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Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, à l'université de Téhéran, vendredi.
Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, à l'université de Téhéran, vendredi. — A. KENARE / AFP

Chose promise, chose faite. L'Iran a notifié lundi à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) sa décision de commencer à produire de l'uranium enrichi à 20%, ainsi que l'avait annoncé dimanche le président Mahmoud Ahmadinejad. Or, depuis des mois, la communauté internationale négocie pied à pied avec Téhéran pour obtenir l'abandon de ses projets nucléaires de crainte qu'ils n'aient des visées militaires.

Pour autant, l'Iran a-t-il les moyens de ses ambitions? Rien n'est moins sûr, pour le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, ainsi que pour les experts du dossier.

Mais cette annonce est au moins une nouvelle provocation de Téhéran, qui aime souffler le chaud et le froid sur ce dossier. En fin de semaine dernière, l'Iran semblait prête à se montrer plus conciliante. Pour Thierry Coville, chercheur à l'IRIS, ces revirements obéissent à des impératifs de politique intérieure: «Le nucléaire est aujourd'hui le seul dossier sur lequel le président peut exister».

«Les sanctions sont devenues une partie du problème»

Pour justifier sa décision, le régime argue du blocage des discussions avec le groupe des Six (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne, Allemagne) qui l'empêche d'obtenir du combustible pour son réacteur de recherche médicale de Téhéran. C'est pourtant l'Iran, qui, en novembre a rejeté leur proposition permettant l'enrichissement de son uranium en Russie et en France. De leur côté, les Six, qui, en cas de refus avant fin 2009, menaçaient l'Iran de sanctions, n'ont finalement jamais rien décidé.

Du coup, la menace de sanctions est réactivée. Dimanche, le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a appelé la communauté internationale à «faire front commun pour faire pression sur le gouvernement iranien». Pourtant, jusqu'à présent, le levier des sanctions n'a jamais prouvé son efficacité. «Au contraire, analyse Thierry Coville, chercheur à l'IRIS, les sanctions sont devenues une partie du problème, en phagocytant toutes les négociations».

Manifestations

Les groupes d'opposition ont appelé à manifester jeudi à l'occasion du 31e anniversaire de la Révolution iranienne. Le chef e l'opposition Mir Hossein Moussavi est résolu à y participer. Le Guide suprême iranien a déclaré lundi que l'opposition prendrait «un coup de poing dans la figure» si elle s'entêtait à manifester cette semaine.
L'un des chefs de file du mouvement réformateur a été condamné à six ans de prison lundi pour son rôle dans les troubles qui ont suivi la présidentielle contestée de juin.