« renforcer l'UE sur la scène internationale »

Recueilli par Armelle Le Goff

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T. SUZAN/EPA/SIPA

Jerzy Buzek, ancien Premier ministre polonais (1997-2001), a été élu président du Parlement européen le 14 juillet dernier. C'est la première personnalité issue des pays d'Europe centrale et orientale à occuper ce poste. En visite officielle de deux jours à Paris, sur l'invitation de Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, il doit notamment rencontrer le président de la République, Nicolas Sarkozy.

Qu'a changé concrètement, dans la vie du Parlement, la ratification du traité de Lisbonne en décembre 2009 ?

L'entrée en vigueur du traité signifie plus de pouvoirs pour les députés européens, ce dont se réjouissent mes collègues. Cela signifie également plus de travail pour chacun d'entre eux. Les citoyens ignorent souvent, y compris les citoyens français, que le Parlement adopte de plus en plus de lois qui concernent leur vie au quotidien. Nous sommes actuellement sous présidence espagnole, mais l'UE bénéficie également, grâce au traité, d'un président du Conseil européen stable. Je le vois comme un poste de coordinateur et je pense que le choix d'Herman Van Rompuy est le bon. Avec le nouveau poste de haut représentant, c'est un pas dans la bonne direction pour renforcer l'UE sur la scène internationale.

Justement, concernant le poste de haut représentant, n'aurait-il pas été souhaitable que Catherine Ashton, qui occupe ce poste, se rende en Haïti aux lendemains du séisme du 12 janvier ?

Nous avons envoyé de l'argent et des experts, mais pas de personnalités. Cela aurait peut-être été souhaitable mais pas absolument nécessaire. Peut-être devrions-nous revoir notre façon de réagir en cas de crises et déléguer davantage aux institutions supranationales. En vertu du traité de Lisbonne, la Commission a la possibilité de mettre en place un mécanisme de réaction rapide, afin d'être plus efficace, mais pas nécessairement plus visible.

Tout de même, l'Union européenne a décidé de débloquer près de 500 millions d'euros à destination d'Haïti. Qui est au courant ? Sur place, on a surtout vu les Etats-Unis...

Je crois que les Haïtiens savent très bien que l'UE est le meilleur donateur au monde. La politique européenne d'aide humanitaire constitue l'un des axes les plus concrets de l'UE. Et, dans le cas d'Haïti, l'UE a réagi immédiatement.

Où en est-on de la politique de sécurité et de défense commune ? Est-il possible que l'Union européenne, qui tente de faire entendre sa voix sur la scène internationale, puisse un jour adopter des positions communes en la matière ?

Avec le traité de Lisbonne et la création d'un poste de haut représentant doté de pouvoirs accrus, Catherine Ashton a la possibilité de mettre en place des opérations de crise et de faire appel aux capacités civiles et militaires des Etats membres si le Conseil donne son accord. Mais je crois que la politique de sécurité et de défense commune ne constitue qu'un volet de la diplomatie européenne, déjà très active. Sur le terrain, ceux qui reçoivent l'aide de l'UE sont conscients de sa présence.

Quel est le taux d'absentéisme aujourd'hui au Parlement ? Quelles sont les mesures pour le combattre ?

Les membres du Parlement européen sont directement élus par le peuple. Assister aux séances plénières est l'une de leurs principales fonctions. Sans oublier leur travail au sein des commissions, dans leur groupe politique et dans leur circonscription. Certains eurodéputés ne sont pas très visibles, mais ils travaillent très dur : ils préparent les futures lois européennes. Si ce n'est pas le cas, ils peuvent être sanctionnés financièrement.

Les eurodéputés font-ils, d'après vous, leur travail de communication en direction des citoyens qui les ont élus ?

Avoir une meilleure communication avec les citoyens, c'est l'une de mes priorités. On ne peut pas travailler à huis clos. Aussi, récemment, les auditions des commissaires ont été menées en toute transparence, ce qui est un facteur de visibilité. Les citoyens doivent savoir comment les lois européennes sont discutées, amendées et votées.

Le sommet de Copenhague sur le climat, en décembre dernier, a été un échec. Cela fait plusieurs années que l'Union européenne se targue d'une position de leadership sur le sujet. Pourquoi, alors, n'a-t-elle pas pesé plus fermement sur les négociations ?

Le résultat du sommet de Copenhague n'est pas satisfaisant par rapport aux ambitions de l'UE et aux attentes du Parlement. Pour inverser la tendance observée à Copenhague, l'UE devrait se positionner comme le partenaire privilégié des pays en développement, qui, pour cinq d'entre eux (Nicaragua, Venezuela, Bolivie, Cuba, Soudan) étaient contre. L'UE a un effort de pédagogie à faire, notamment en direction de ces pays. Elle devrait les aider non seulement financièrement, mais aussi grâce au transfert de compétences et à la coopération technologique. W