Berlusconi-Sarkozy: des relations complexes avec la justice

JUSTICE Sur l'échelle du bling-bling, on compare souvent les deux dirigeants européens. Désormais, Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi ont autre chose en commun: la fronde de la magistrature dans leur pays respectif...

Maud Noyon

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Une députée et une eurodéputée de gauche italiennes ont annoncé vendredi qu'elles portaient plainte devant la Cour européenne de Strasbourg contre le chef du gouvernement Silvio Berlusconi qu'elles accusent d'avoir tenu des propos sexistes.
Une députée et une eurodéputée de gauche italiennes ont annoncé vendredi qu'elles portaient plainte devant la Cour européenne de Strasbourg contre le chef du gouvernement Silvio Berlusconi qu'elles accusent d'avoir tenu des propos sexistes. — Filippo Monteforte AFP/Archives

Samedi, des centaines de magistrats de toute l'Italie ont boycotté l'ouverture officielle de l'année judiciaire afin de protester contre les lois du gouvernement de Silvio Berlusconi jugées «destructrices» pour le système judiciaire. Deux semaines plus tôt en France, c’était aux juges et avocats de manifester bruyamment contre la réforme de la procédure pénale, lors de la rentrée solennelle de la Cour de cassation.

Alors, pour mieux comprendre les relations tendues des deux hommes avec leur système judiciaire, 20minutes.fr appelle à la barre Sarkozy et Berlusconi.
 
1. Leur casier personnel
Nicolas Sarkozy n’a, jusqu’à présent, jamais été condamné. Ce qui n’empêche pas le président d’entretenir de très bonnes relations avec des personnalités aux condamnations multiples, comme le député-maire de Levallois Patrick Balkany.
 
Rien que des amitiés discutables pour Sarkozy mais une déferlante de condamnations pour Silvio Berlusconi. Enfin en principe. Condamné en première instance de très nombreuses fois, le président du Conseil italien a toujours réussi à passer entre les mailles de la justice grâce aux prescriptions et autres relaxes inattendues.

2. Un statut ambigu grâce à leur poste
Les deux dirigeants sont protégés au titre de leur fonction. Enfin, étaient. Si Nicolas Sarkozy bénéficie toujours d’une immunité présidentielle - ce qui cause quelque complication mais qui ne l’empêche pas de se porter partie civile comme dans l’affaire Clearstream-, celle de Silvio Berlusconi est passée à la trappe après une décision de la Cour constitutionnelle en octobre dernier.
 
Mais l’homme le plus riche d’Italie -et ses avocats- s’active. Et pour cause: il risque très gros dans deux affaires, l’une où il est accusé de corruption de témoins (affaire Mills) et l’autre pour fraude fiscale (affaire Mediaset), réactivées au lendemain de la décision de la Cour constitutionnelle. Et si les avocats du Cavaliere potassent les dossiers en traquant la faille, les élus de son parti lancent également une contre-offensive.
 
3. Des réformes qui braquent les magistrats
Le Parlement italien examine actuellement une loi visant à raccourcir la durée des procès en Italie. En cas d'adoption définitive, des dizaines de milliers de procédure devraient être annulées, les deux derniers procès contre Silvio Berlusconi inclus.
 
Ainsi, l’opposition s’émeut d’une loi cousue sur mesure pour éviter au chef du gouvernement bien des tracas. Les magistrats dénoncent eux ce «procès abrégé» qui permettraient à beaucoup de potentiels coupables de s’en tirer à bon compte. Ils réclament davantage de moyens financiers pour la justice afin de parvenir à des jugements dans des délais raisonnables.

Dans l’Hexagone, la disparition programmée du juge d’instruction en France suscite beaucoup d’inquiétude. Ce magistrat enquêteur serait remplacé par un magistrat du parquet, hiérarchiquement dépendant du ministère de la Justice. Et donc du pouvoir. Bref, une nouvelle réforme jugée majeure par Sarkozy qui tape depuis le début de son mandat sur les nerfs de la magistrature.
 
4. Des propos qui choquent
Si les propos du président français sont, en public, policés à l’égard de la justice, Berlusconi se lâche. Sa litanie sur les «robes rouges» qui le persécutent est bien connue des Italiens, qui ne sont plus vraiment choqués par les attaques plus violentes du président  du Conseil. Il compare régulièrement les tribunaux et leur juge à des «cloaque, cancer, métastases, perturbés mentalement, pelotons d'exécution», selon l’association des magistrats italiens.
 
Début janvier, il en a rajouté une couche, comparant son agression à Milan par un déséquilibré à celle des juges, des attaques reprises en cœur les membres de sa majorité.

5. Une justice aux ordres?
La justice est plus indépendante en Italie qu'en France. «Après l’utilisation perverse de la justice et du parquet par le régime fasciste, les pères fondateurs de la République italienne ont voulu une justice complètement indépendante», analyse pour 20minutes.fr Alberto Toscano, journaliste et écrivain*.

«Berlusconi espère remettre en cause cette indépendance, mais les Italiens ne l’accepteraient pas», précise-t-il, «par contre, les Italiens sont prêts à accorder une certaine protection» en tant que chef du gouvernement.
 
Et la justice est également plus forte qu’en France, car, comme le rappelle Alberto Toscano, aucune forme d’immunité ne protège les parlementaires. Ainsi, «un des espoirs du Parti démocrate a été mis en détention avant d’être blanchi, mais sa carrière politique a été ruinée», raconte-t-il.

Du côté de l’Hexagone, la ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, a assuré dimanche sur Europe 1 que le procureur de la République Jean-Claude Marin n'avait «eu ni instruction ni incitation» pour faire appel dans le procès Clearstream. Nous voilà rassuré.


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