L'emploi au coeur du discours de Barack Obama sur l'état de l'Union

ETATS-UNIS Le président passait son grand oral mercredi soir, sur fond de mécontentement de l'opinion publique...

Philippe Berry avec agence

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Barack Obama, lors de son premier discours sur l'état de l'Union, le 27 janvier 2010
Barack Obama, lors de son premier discours sur l'état de l'Union, le 27 janvier 2010 — REUTERS
De notre correspondant à Los Angeles

Il avait la pression. Chômage, mic-mac sur l'assurance maladie, lenteur du changement promis... Barack Obama jouait gros pour son premier discours sur l'état de l'Union. Aux membres du Congrès, et surtout aux Américains, il l'a répété: «I don't quit. We don't quit» («Je ne jette pas l'éponge»).
 
«Jobs, jobs jobs»
C'est le sujet numéro un de mécontentement. Le taux de chômage reste autour de 10%. Obama propose «un plan pour l'emploi» qu'il veut sur son bureau «le plus vite possible». Certaines mesures ont déjà été adoptées par la Chambre des représentants. Le président les précise: il propose que le Congrès prenne «30 milliards de dollars sur les fonds remboursés par les banques de Wall Street» pour «aider les banques de proximité à fournir aux petites entreprises le crédit dont elles ont besoin pour rester à flot». Le plan devrait également inclure des allégements fiscaux pour les petites entreprises, ainsi que «toutes celles qui embauchent ou augmentent les salaires». Obama veut créer le cadre pour «doubler les exportations américaines» d'ici cinq ans afin de permettre la création de deux millions d'emplois. Son administration «poursuivra les baisses d'impôts» pour les classes moyennes et les étudiants mais les augmentera pour les foyers gagnant plus de 250.000 dollars par an.
 
Gel partiel des dépenses à partir de 2011
«Les Américains font un effort, le gouvernement doit faire de même», a expliqué Obama, comme il l'avait déjà fait lors de la campagne. Il reconnaît que les dépenses de son administration ont creusé le déficit abyssal laissé par son prédécesseur. Mais selon lui, le traitement de choc était «nécessaire», même si sauver Wall Street fut «aussi déplaisant que de se faire soigner une carie». Seront notamment exclus du gel partiel des dépenses la défense et la santé. Et il prévient: s'il le faut il utilisera son droit de veto pour rejeter les réformes fiscalement irresponsables. Il a également annoncé la création par décret d'une commission bipartisane chargée de plancher sur des solutions pour résorber le déficit.
 
Santé, climat, régulations: les réformes ne passeront pas à la trappe
Ces trois textes majeurs sont restés bloqués quelque part entre le Sénat et la Chambre des représentants. Le plus emblématique, celui de l'assurance maladie, est dans une impasse après la perte par les démocrates du siège de sénateur de feu Ted Kennedy. Mais Obama promet de ne pas abandonner la réforme, engagement majeur de sa campagne. «D'ici à la fin de mon discours ce soir, davantage d'Américains auront perdu leur assurance maladie (...) Je ne les abandonnerai pas». Et d'appeler tous les membres du Congrès à «se regarder dans la glace» et à parvenir à un accord. Il a cependant accepté sa «part de responsabilité» dans l'impasse actuelle, pour avoir «mal expliqué» aux Américains ce qu'ils avaient à gagner.
 
Le changement, «ça prend du temps»
Au-delà de l'économie toujours difficile, c'est le point sur lequel Obama a le plus perdu dans l'opinion, comme le montrent les sondages dans le Massachusetts après la défaite de la candidate démocrate la semaine dernière. Elu sur le refrain «change and hope», il s'est heurté à la réalité. Pour autant, il reste «déterminé». «Je ne suis pas naïf. Je savais que le changement prendrait du temps. C'est chaotique.» Il a insisté, plaidant avec passion pour que chacun œuvre pour «donner aux Américains un gouvernement à leur image: digne et travailleur». Il tiendra des réunions mensuelles avec les leaders républicains. «Je sais que vous êtes impatients», a-t-il plaisanté. Autre petit pas vers le changement, il promet «d'enfin abroger» la loi «don't ask don't tell», qui impose aux militaires homosexuels de cacher leur orientation sexuelle.
 
Mercredi, Obama était décidé et passionné. Comme le veut la tradition, il a souvent reçu une standing ovation –des démocrates, mais parfois des républicains, notamment sur le gel partiel des dépenses. Au-delà des mots, il va désormais devoir convaincre les Américains par ses actes. Le temps presse déjà avant les élections de mi-mandat de novembre prochain.