La stratégie Karzai à l'épreuve du feu

Faustine Vincent

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Peut-on négocier avec les talibans ? C'est le pari que va tenter la communauté internationale, réunie aujourd'hui à Londres pour la plus vaste conférence jamais organisée sur l'Afghanistan. L'idée, qui vient du président Hamid Karzai, consiste à « retourner » les talibans passés aux armes pour des raisons économiques (pauvreté, chômage...) en leur offrant de l'argent et un travail. Ces hommes, dont la coalition pense qu'ils constituent la majorité des insurgés, seraient ainsi réinsérés dans la vie civile. Le risque, c'est qu'ils jouent double jeu et finissent par retourner à l'ennemi, forts de nouveaux renseignements, ou que des Afghans prennent les armes pour pouvoir ensuite empocher le pécule du gouvernement.

Deuxième volet de cette stratégie, qui n'est pas nouvelle : entamer un dialogue politique avec les chefs insurgés, hormis ceux figurant sur la liste noire de l'ONU. Karzai a demandé le retrait de certains noms de talibans de cette liste, ce que l'ONU a fait mardi pour cinq d'entre eux en signe de bonne volonté. Pour l'heure, les insurgés - en position de force après avoir infligé les pires pertes à l'Otan en 2009 depuis 2001 avec 509 soldats tués, contre 295 en 2008 - ont rejeté cette « main tendue ». « Vouloir scinder le clan taliban est une politique pertinente, mais son application est subtile », analyse Pierre Servent, auteur des Guerres modernes racontées aux civils et aux militaires (éd. Autrement).

La conférence de Londres sera aussi l'occasion de faire le point sur les efforts que les 43 pays de la coalition sont prêts à fournir, en termes d'effectifs et d'investissement financier. Les Etats-Unis, ralliés au concept d'« afghanisation » (transfert du contrôle de la sécurité aux Afghans), réclament du renfort et vont envoyer 30 000 hommes de plus cette année avant d'entamer un retrait partiel dès 2011. La France, qui compte 3 750 hommes sur la zone, a exclu d'envoyer des unités combattantes, mais fera « des efforts en termes de formation » de l'armée, selon une source bien informée. L'armée afghane compte aujourd'hui 90 000 soldats, et vise les 134 000 d'ici à octobre. Encore faut-il régler les problèmes « d'illettrisme, de corruption, de désertion et de compétence » qui rongent l'armée et la police locales, selon le commandant suprême de l'Otan, l'amiral Stavridis. W