Haïti veut prendre en main sa reconstruction

HAÏTI ean-Max Bellerive appelle la communauté internationale à apporter un «soutien massif»...

Avec agence

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Le Premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive (à gauche) et le ministre des Affaires étrangères canadien Lawrence Cannon, lors de la réunion sur la reconstruction d'Haïti à Montréal (Canada), le 25 janvier 2010.
Le Premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive (à gauche) et le ministre des Affaires étrangères canadien Lawrence Cannon, lors de la réunion sur la reconstruction d'Haïti à Montréal (Canada), le 25 janvier 2010. — Paul Chiasson/AP/SIPA
Une réunion d'urgence sur Haïti s'est ouverte lundi 25 janvier à Montréal. L'objectif est de définir les priorités en matière d'aide au pays et d'élaborer un programme de reconstruction à long terme.

L'Etat haïtien est en mesure de prendre lui-même les rênes de la reconstruction du pays dévasté par le séisme du 12 janvier, a déclaré le Premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive, lors de l'ouverture de la réunion. «L'Etat haïtien est au travail dans des conditions précaires mais il est en mesure d'assurer le leadership que la population attend de lui», a-t-il ajouté.

Faire différemment

Prendre les rênes ne signifie pas refuser l'aide étrangère. Evoquant le «colossal» effort de reconstruction à venir, Jean-Max Bellerive a appelé la communauté internationale à apporter un «soutien massif» à son pays «à moyen et long terme». Pour lui, «l'ampleur de la tâche exige que nous fassions plus, que nous fassions mieux et sans doute que nous fassions différemment».

Appelant à un effort partagé, il estime que «la priorité absolue dans l'immédiat est de satisfaire les besoins vitaux des victimes comme l'eau et la nourriture, abris et soins de santé. Les actions (à venir) doivent nous permettre la relance du pays sur la voie du développement. Nous devons penser à relocaliser une partie de la population».

La reconstruction d'Haïti prendra «au moins dix années», a déclaré le Premier ministre canadien Stephen Harper, appelant les pays à «s'investir sur le long terme».

Félicitations réciproques


La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a quant à elle jugé vitales les contributions militaires de la communauté internationale pour aider le pays. Elle a ensuite salué la décision de Rome d'y acheminer un avion transportant 800 soldats ainsi qu'un hôpital flottant.

Répondant aux critiques lancées aux Américains sur leur prépondérance sur l'île et à leur volonté d‚en prendre le contrôle, elle simplement expliqué à la presse qu'«il est plus facile pour les Etats-Unis d'y aller car Haïti est notre voisin». Le ministre des Affaires étrangères italien, Franco Frattini, a exprimé le plein soutien de son gouvernement aux actions entreprises par les Etats-Unis, félicitant «le rôle dirigeant des Américains dans tout ceci».

Ambigüité

Concernant l'aide américaine, le dirigeant haïtien a eu un comportement ambigu. Parmi tous les pays qu'il a remerciés pour l'aide qu'ils ont apportée, il a notamment cité Cuba et le Venezuela. Ces pays, qui ne participent pas à la réunion, ont pourtant dénoncé  ardemment la présence militaire américaine en Haïti. «L'empire américain s'empare d'Haïti sur les cadavres et les larmes de son peuple», a proféré récemment le président vénézuélien Hugo Chavez.

Le Premier ministre a évoqué, dans ce contexte «la reconquête de la souveraineté nationale» d'Haïti, rappelant que son pays était engagé depuis 2004 dans une «démarche de retour à la constitutionnalité et de mise en place de ses institutions démocratiques».

La défense de leur souveraineté


Lawrence Cannon, le ministre des Affaires étrangères canadien, a soutenu cette exigence de pleine souveraineté: «Sachez que le Canada, le groupe des amis et la communauté internationale, et les ONG, nous nous engageons à vous offrir notre soutien dans cette période de crise et par la suite», tout en soulignant «l'importance attachée à la souveraineté et à la voix indépendante» de Haïti dans cet effort.

Plusieurs préconisations sont à l'honneur, comme les nombreux appels à l'annulation de la dette haïtienne qui ont été lancés. Le représentant de la diaspora a par ailleurs fait allusion aux risques de corruption et de détournement de l'aide internationale.
Dons

Les Français ont envoyé en dix jours quelque 850.000 SMS de solidarité, équivalant à un euro de don chacun, en soutien aux victimes du séisme de Haïti, a annoncé l'Association française des opérateurs mobiles (Afom). Cette opération doit durer jusqu'au 15 février.