Skull and Bones, fantasmes et vérités sur la plus célèbre société secrète universitaire américaine

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Les membres de Skull and Bones de 1947, à Yale
Les membres de Skull and Bones de 1947, à Yale — bushlibrary.tamu.edu
De notre correspondant à Los Angeles
 
Dans la mythologie universitaire américaine, dur de faire plus fascinant que le mystère drapant les sociétés secrètes étudiantes. Antichambre du pouvoir où se prépare le contrôle du monde selon les uns, simples lieu de débauches pour les autres, elles ont largement attisé l'imagination Hollywood. Vendredi, la maison Christie's a finalement renoncé à proposer aux enchères les ossements ayant séjourné dans le QG de Skull and Bones à Yale. L'occasion de se pencher sur cette célèbre société secrète à laquelle appartiennent notamment les Bush père et fils et John Kerry. Bienvenue chez les Bonesmen.
 
Culte du secret
 
Une société secrète, c'est comme le Fight Club. La règle n°1, c'est qu'on n'en parle pas. Skull and Bones (littéralement «crâne et os») a été fondée en 1832 à Yale, l'une des plus prestigieuses universités américaines avec Harvard, Princeton et Stanford. A l'inverse des fraternités, impossible de déposer sa candidature: Skull and Bones choisit et contacte ses nouvelles recrues.
 
«Chaque année, 15 juniors (étudiants de 3e année) sont approchés par le club et l'intègrent en général l'année suivante», explique Mike Dunham, ancien président du Rumpus, le tabloïd satyrique de Yale. Le recrutement se fait parmi les plus puissants et les plus connectés ou chez les étudiants les plus brillants, académiquement ou sportivement.
 
Présidents, sénateurs, juges, banquiers, sportifs, artistes... «La concentration des membres de cette petite société dans les hautes sphères est incroyable», confie la journaliste d'investigation Alexandra Robbins, ancienne de Yale et auteur du livre Skull&Bones, la vérité sur la secte des présidents des Etats-Unis. Elle même membre de la société secrète Scroll and keys avant de se faire virer lors de la parution de son livre, elle précise: «Skull and Bones existe pour une seule raison: placer ses membres dans des positions éminentes et qu'ils s'aident ensuite les uns les autres.»
 
Selon les périodes, l'identité des membres est parfois révélée, mais jamais leurs pratiques. Plusieurs listes de membres avérés ou supposés ont été publiées. Certains ont publiquement reconnu être des Bonesmen, comme George W. Bush ou John Kerry, lors de la présidentielle de 2004. Mais interrogé plus en détail, Bush a plaisanté: «C'est secret, je ne peux en parler.» Et n'a pas lâché un mot de plus.
 
Les Bonesmen et la bombe atomique
 
De nombreuses légendes circulent sur Skull and Bones. Le grand-père de George W. Bush, Prescott, aurait dérobé les ossements (pas ceux mis en vente) du chef indien Geronimo. Ils seraient depuis entreposés dans The Tomb, le QG de la société sur le campus. Plusieurs historiens estiment qu'il existe des indices, mais d'autres écartent l'hypothèse. Dans le doute, l'arrière petit-fils du chef apache a entamé une procédure judiciaire contre l'université en février dernier.
 
Plus prisé chez les théoriciens du complot: les liens entre Skull and Bones et la bombe atomique. «Les thèses conspirationnistes affirment que Skull and Bones a lâché la bombe», raconte Alexandra Robbins. Elle poursuit. «Ce qui est intéressant, c'est là où la ligne se brouille. En vérité, même si les instructions ne sont pas venues directement de leur quartier général, plusieurs Bonesmen faisaient partie du War Department et étaient en effet en chargés de superviser la construction et le déploiement de la bombe.»
 


Et les filles?
 
Pendant 160 ans, le club est resté exclusivement masculin. Mais depuis 1992, Skull and Bones s'est ouvert à la gent féminine et s'est également diversifié, cherchant à se défaire de son image de white men only club. Ce qui n'est pas du goût de tout le monde: certains membres ont fondé 9 balls, une société concurrente.
 
Ci-dessous, une vidéo qui aurait été filmée à l'intérieur du QG des Bonesmen, The Tomb.