A Pékin, François Fillon fait du «business»

REPORTAGE Le Premier ministre français a, dit-il, rempli sa mission en Chine...

Hélène Duvigneau, à Pékin

— 

Après trois jours à Pékin et une moisson de plus de 6 milliards d’euros de contrats, François Fillon a déclaré s’être acquitté de la mission qui lui incombait. Son style tout en rondeurs, destiné à regagner la confiance de Pékin, lui a même valu une déclaration d’amitié du Premier ministre Wen Jiabao.

Autant Nicolas Sarkozy avait déclenché l’ire de Pékin en 2008, autant son second a mis du baume sur les relations franco-chinoises. «J’ai lu quelques commentaires sur le fait que nous faisions du business, a-t-il déclaré à la presse, avant de reprendre l’avion. Outre le fait que je parle assez mal la langue anglaise, je voudrais simplement dire que le business, ce sont des emplois pour des travailleurs français.»

Contrats en série

Si l’aéronautique (Safran) et le nucléaire civil (EDF, Areva, Alstom) ont remporté le gros des contrats, quatre nouveaux axes de coopération ont été définis avec l’agroalimentaire, les NTIC, la santé et les services. Seule la finalisation d’un partenariat gazier entre Total et le pétrolier Chinois CNPC est encore suspendue jusqu’à fin janvier, mais elle devrait être bouclée, a estimé Denis Palluat de Besset, directeur général de Total E&P Chine.

Hasard ou bizarrerie de l’actualité, la visite du Premier ministre se déroule à quelques heures de l’ouverture du procès de l’activiste chinois Liu Xiaobo, qui comparaît pour subversion de l’Etat. Il y a plus d’un an, cet intellectuel de 53 ans avait été emprisonné pour avoir co-rédigé la «charte 08», un texte qui appelait le gouvernement au respect des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Le procès intervenant la veille de Noël, les organisations de défense des droits de l’homme ont déjà prévenu qu’il risquait de se tenir dans des conditions de non respect du droit.

Reste que pour une délégation française placée sous le signe de l’économie, l’ambiance n’était pas franchement à la défense des droits de l’homme. «Le gouvernement chinois n’a pas besoin de ma visite pour connaitre la position de la France sur les droits de l’homme, a déclaré le Premier ministre. C’est folie de penser que c’est de l’extérieur que viendront les éléments de changement dans le fonctionnement de la société chinoise.»

De fait, la position de la France sur les droits de l’homme est aujourd’hui beaucoup défendue par l’Union européenne, situation que l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne ne fait que renforcer.

Equilibre diplomatique

Lundi pourtant, les diplomates de l’Union européenne qui avaient demandé à assister au procès de Liu Xiaobo attendaient encore la réponse des autorités chinoises. L’autre exercice d’équilibre diplomatique fut la question climatique. «A quoi sert de revenir sur le passé ? (…) L’essentiel est que le compromis que nous avons obtenu aujourd’hui soit mis en œuvre», a déclaré le Premier ministre, plus enclin à citer les points de convergence avec la Chine.

«Il y a un point sur lequel la Chine et la France ont la même position, c’est que nous ne sommes pas favorables à la décroissance, qui est une utopie.» S’adressant un peu plus tard à la communauté des Français de l’étranger, François Fillon a résumé sous un jour positif la politique gouvernementale menée depuis 3 ans, en insistant sur le fait que la France est «le pays qui a le mieux résisté à la récession en 2009». Parmi les dossiers concrets qui pourraient aboutir pour la communauté française expatriée, citons la reconnaissance du permis de conduire français en Chine.