L'austérité, sinon le naufrage

Armelle Le Goff

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Retrouver la note A. Celle qui, sur les marchés, permet de se faire passer pour un emprunteur bon teint. Georges Papandréou, le Premier ministre grec, s'y est employé lundi soir. Devant un parterre de décideurs et de syndicalistes, il a promis de ramener le déficit du pays qui est de 12,7 % du produit intérieur brut (PIB) actuellement à moins de 3 % en 2013. « Nous devons changer ou sombrer », s'est-il employé à démontrer.

De fait, pour Beligh Nabli, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques et vice-président de l'Observatoire juridique de la vie politique, « le pays traverse l'une des périodes les plus délicates de son histoire depuis la fin de la dictature des colonels, en 1974. Certes, la crise des finances publiques est la plus spectaculaire : pour 2009, la dette publique est attendue à près de 113 % du PIB. Toutefois, le mal est plus profond. La classe politique est marquée par des scandales de corruption et des pratiques clientélistes qui gangrènent la vie de cette "jeune" démocratie européenne. »

En poste depuis à peine deux mois, Papandréou a du pain sur la planche. Lundi soir, il a tenté de frapper fort : gel des rémunérations dans la fonction publique et remplacement d'un départ à la retraite sur cinq, nouvel impôt pour les revenus supérieurs à 50 000 euros par an et réquisition de la police pour lutter contre l'évasion fiscale dans un pays où, selon le Pasok (parti socialiste au pouvoir), « 40 % des gens ne déclarent pas leurs impôts ».

Mais au lendemain de son intervention, hier, personne ne semblait franchement convaincu. « Papandréou a gagné un peu de temps mais en laissant planer beaucoup de flou et d'incertitude », a souligné Miranda Xafa, ancienne conseillère du Fonds monétaire internationale (FMI) et actuelle directrice en conseil d'investissement à Genève. Même son de cloche chez BNP Paribas, où une note prédit « un impact positif limité, le marché attendant avant tout des actions et non des mots ».

Côté syndicats, en revanche, c'est une demi-victoire, car le Premier ministre n'a pas suscité de violente levée de boucliers. Sans doute sont-ils paralysés par le spectre d'une faillite d'Etat à l'image de l'Islande (lire ci-dessous). Mais la colère pourrait ne pas tarder à revenir. « La Grèce demeure un pays sous tension, analyse Beligh Nabli. La population a encore le souvenir de l'incapacité de l'Etat à réagir aux incendies de forêt de l'été 2007. » En outre, Papandréou a été élu sur la base d'une politique de redistribution des richesses et de relance économique par la consommation. Un programme de politique générale qu'il risque, compte tenu de la situation des finances publiques, d'être contraint de renier. « Sa crédibilité, voire sa légitimité, va en pâtir » prédit Beligh Nabli. W