Deux indiens dans la ville pour défendre leur portion de terre

Armelle Le Goff

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Avant de se faire prendre en photo, chacun remet le bandeau qui lui décore les cheveux. Puis José Gualinga et Tupak Viteri posent fièrement devant l'objectif. Les deux représentants du peuple Kichwa de Sarayaku, en Equateur, ne veulent surtout pas perdre une occasion de montrer qui ils sont, d'où ils viennent et surtout faire parler du combat qu'ils mènent depuis 1992 contre la déforestation de leur territoire par les compagnies pétrolières.

Conjointement invités par Natureparif, l'Agence régionale pour la diversité en Ile-de-France, et l'association Paroles de nature dans le cadre du 27e Festival international du film d'environnement de Paris, José Gualinga et Tupak Viteri portent la voix de 1200 villageois en butte aux volontés d'exploration de compagnies pétrolifères sur leurs territoires*. Ils s'y opposent au nom du « Sumak Kawsay » ou littéralement « vivre en harmonie », un concept ancestral qui se transmet de génération en génération parmi les indigènes d'Equateur, du Pérou et de Bolivie. Une autre façon de vivre, en accord avec la nature : « Le concept traditionnel de pauvreté et de richesse lié à la possession de biens matériels n'existe pas chez les peuples indigènes », souligne Corinne Arnould de l'association Paroles de nature. Seule compte la terre. Et cette terre-là garantie par leurs droits culturels et coutumiers, plus question de la laisser filer. « Il faut comprendre qu'au XXe siècle, on a tenté de nous rayer de la carte, pose clairement José Gualiga. Si on laisse faire les compagnies pétrolières aujourd'hui, dans quelques années, nous aurons disparu. C'est pour cette raison que nous menons ce combat pacifiquement. Nous n'avons jamais pris les armes et ne les prendrons jamais. Nous menons notre lutte devant les tribunaux. » Mais ceux-ci tardent à statuer. Saisie en 2003, la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) n'a pas rendu de décision définitive. Or, l'Etat équatorien, malgré les promesses de campagne de son président Rafael Correa, est loin de soutenir les Kichwa. Le 8 mai dernier, le ministère des Mines et du Pétrole a décrété la reprise des explorations pour l'exploitation des hydrocarbures dans la région du peuple Kichwa. Le combat n'est pas terminé. W

* En l'occurrence CGC et Burlington.