L'Estonie ou le «big brother country»

DEMOCRATIE Prescription médicale sur carte à puce, résultats d'examen par SMS, vote par Internet, l'Estonie fait figure de leader en matière d'utilisation d'Internet...

Maud Descamps

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Un panneau indique la direction d'un café internet à Huuru, un village estonien proche de la capitale, Tallinn.
Un panneau indique la direction d'un café internet à Huuru, un village estonien proche de la capitale, Tallinn. — NIPA/EPA/SIPA

Bienvenue dans le futur. Dans ce petit pays (1,5 million d'habitants, 45.226 km2), posé au bord de la mer Baltique, rien n'échappe aux nouvelles technologies. Ici, on trouve une place de parking grâce à son téléphone portable, on vote avec sa carte d'identité depuis chez soi (voir notre article sur le vote par Internet, ici) et on reçoit ses résultats de partiels par SMS.
 
Plus de 90% de la population possède une carte d'identité électronique. Un petit morceau de plastique qui fait aussi office d'ordonnance à la pharmacie. Lorsque qu'un patient se rend chez le médecin, ce dernier enregistre la prescription dans un serveur. Il suffit ensuite au patient d'introduire sa carte d'identité dans le lecteur de cartes de la pharmacie pour retirer ses médicaments. «Ce système permet de gagner du temps et nous facilite la vie» explique Indrek Vimberg, directeur du centre de démonstration de l'utilisation des nouvelles technologies, Demo, basé à Tallinn.
 
Le «m-shopping»

Outre la carte d'identité électronique, le téléphone portable a aussi une multitude de fonctions. Acheter un ticket de bus ou payer sa place de parking se gère depuis son mobile. Il suffit au conducteur d'envoyer un SMS ou d'appeler un numéro spécial et le tour est joué. Pour le parking, une petite vignette collée sur la fenêtre du véhicule permet d’informer le contrôleur du mode de paiement choisi.
 
Le téléphone sert aussi à payer le café à la machine ou encore à acheter des magazines dans des distributeurs. Sur le modèle que pour le parking, le propriétaire du téléphone appelle un numéro spécial pour payer. C'est ensuite sur la facture de téléphone que figurent les achats effectués grâce à l'appareil, dans la rubrique «m-shopping» (shopping mobile). En Estonie, les nouvelles technologies sont partout. Et cela va parfois très loin.
 
Une transparence sans limite

Dans cette jeune démocratie, la police n'arrête pas n'importe qui. Les voitures des agents sont équipées de radars qui scannent les plaques minéralogiques. Les fichiers, qui contiennent les données de chaque véhicule et de son propriétaire, sont ensuite passés au crible par l'ordinateur de bord. Si une anomalie apparaît (une assurance non renouvelée, une amende non payée, une voiture volée), un petit pop-up apparaît sur l'écran de l'ordinateur du policier. Ce dernier peut alors arrêter le véhicule et procéder aux contrôles.
 
«C'est bien, cela montre que nous n'avons rien à cacher», se réjouit Indrek Vimberg. «La police a accès aux données personnelles, aux données du véhicule, mais aussi au fichier des autorisations de port d'arme afin de savoir si le conducteur est éventuellement armé», explique le directeur de Demo. Une sécurité supplémentaire pour les policiers. Pour Bernard Manin, politologue et spécialiste de la démocratie représentative, un tel système à ses limites. «Les policiers qui utilise cet outil sont des êtres humains aussi faillibles que les autres citoyens. Le fait de leur donner accès à un grand nombre de données accroît l'impact des dommages qu'ils peuvent éventuellement causer aux citoyens».
 
Vous avez dit protection des données?

La question de la protection des données privées ne se pose pas en Estonie. Longtemps sous férule soviétique, le pays porte encore les stigmates de l'utilisation abusive du secret.  Les Estoniens ne veulent rien avoir à cacher. «Je ne vois pas où est le problème. Chaque citoyen a accès à la liste des personnes ayant consulté son profil. Il peut ainsi vérifier qu'il n'y a pas d'abus», souligne le directeur de Demo. «Si quelque chose ne va pas, il peut alors porter réclamation afin de savoir pourquoi telle ou telle personne a consulté ses données», précise-t-il, ne comprenant pas pourquoi un tel système étonne des journalistes français.

Car les Estoniens baignent dans le Net. Depuis 2003, toutes les écoles du pays ont accès à une plateforme de communication en ligne. Finis les carnets de correspondance! Ce site permet aux parents et aux professeurs d'échanger. Ainsi, les absences des élèves, les problèmes de comportements ou toutes autres remarques y sont inscrits. Un système également très utilisé en Finlande. Autre e-service: les résultats par SMS. Les lycéens qui terminent leurs études peuvent recevoir leurs résultats d’examens par SMS. Et ils en sont friands. En 2008, 60% des élèves s’étant présentés à un examen du secondaire ont demandé à recevoir leurs notes par ce biais.
 
>> Que pensez-vous de la carte d'identité électronique? Un tel système vous paraît-il adaptable en France?