La Finlande et ses candidats à choix multiples

DEMOCRATIE Les sélecteurs de candidat sont très largement utilisés par les électeurs en Finlande. Un nouvel outil pour rendre la politique un peu plus fun...

Maud Descamps

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Le Helsingin Sanomat, principal journal en Finlande, a mis en place son propre sélecteur de candidat.
Le Helsingin Sanomat, principal journal en Finlande, a mis en place son propre sélecteur de candidat. — Maud Descamps/20minutes.fr

Oui, la politique peut être ludique. C'est en tout cas le message que font passer les médias finlandais avec le sélecteur de candidat. Le principe est simple: quelques mois avant une élection, chaque candidat reçoit un questionnaire abordant tous les grands sujets qui font débat. Il répond par oui ou non. Le tout est ensuite enregistré sur un site Internet. Puis les électeurs répondent aux mêmes questions, également en ligne. Le sélecteur de candidat calcule ensuite de quel politicien l'électeur est le plus proche en fonction des réponses données. Il en existe au moins une vingtaine. Tous les grands médias en ont un.
 
«Moi je l'utilise, mais je ne le vois pas comme la Bible», explique Aira Vehaskari, habitante d'Helsinki. «C'est une façon de découvrir de nouveaux candidats, mais je ne vote pas en fonction de ce qu'une "machine" peut me dire», ajoute-t-elle. Le système n'est pas utilisé qu'en Finlande. La Grande-Bretagne, la Suède et les Pays-Bas s'en servent aussi. «C'est utile pour ceux qui ne savent pas pour qui voter. Mais c'est considéré comme un outil subjectif», explique Stefan De Vries, journaliste hollandais habitant à Paris. En France, le système a également été utilisé pour les législative de 2007, mais ne s'est pas développé.

Le retour de la politique dans les conversations

Et ce qui au départ était un outil original pour intéresser les Finlandais à la politique est devenu une institution et un passage obligé pour la plupart des candidats. Car le sélecteur de candidat séduit l'électorat. En 2008, 440.000 personnes l'ont utilisé, soit 44% des électeurs. Le Helsingin Sanomat, grand quotidien national, qui a mis en place son sélecteur, a même développé une application afin que chacun puisse partager le résultat obtenu avec ses amis via email, mais aussi Facebook. Une nouvelle façon de faire campagne.
 
Grâce au sélecteur de candidat, le tabou qui entoure la politique tendrait à s'effacer, selon une étude réalisée par Kimmo Grönlund, de l'Abo Akademy. «La politique est plus présente dans les discussions depuis que le sélecteur existe. Collègues et amis comparent leurs résultats», explique le chercheur. «C'est une très bonne chose, ajoute Bernard Manin, politologue et spécialiste de la démocratie participative, il faut savoir que nous ne sommes pas tous avides d'informations politiques. Cet outil joue un rôle d'intermédiaire qui rend plus intelligible les débats.»
 
Un outil de propagande?

Mais le système est controversé. Il a un impact sur le vote, notamment chez les jeunes. 50% des 18-34 disent que le sélecteur a influencé leur vote, contre 20% chez les plus de 50 ans. En 2007, ils étaient 19% à voter pour le candidat donné par le sélecteur. Et 3% des électeurs, sur toutes les élections depuis 2003, disent avoir rejeté leur candidat favori pour suivre le choix du sélecteur. L'outil n'est donc pas neutre.
 
Outre l'influence que peut avoir le sélecteur sur le vote, la question de la partialité des questions se posent également. Non seulement les questions varient en fonction du média (et donc le résultat donné aussi), mais les personnes élaborant les questions ne sont autres que des journalistes et non des membres d'organisations indépendantes. «L'important, dans ce cas, est le pluralisme», explique Bernard Manin. «S'il existe plusieurs sélecteurs de candidat, alors cela permet à l'électeur de se construire une opinion», ajoute-t-il.
 
Jury Mykkanen, chercheur à l’université d’Helsinki, au département de Sociologie, est plus sceptique sur l'utilité d'un tel outil. Selon lui, le sélecteur de candidat n'aurait pas d'effet sur le taux de participation à une élection, mais tendrait à creuser les inégalités. Il serait plus utile aux catégories sociaux-professionnelles supéérieures, c'est-à-dire aux personnes ayant de hauts revenus et un niveau d'éducation élevé.
 
Mais s'il remporte un vif succès au sein de la population, le sélecteur de candidat ne fait pas (encore) l'élection. L'actuelle présidente, Tarja Halonen, a été réélue alors qu'elle avait refusé de répondre aux questionnaires des médias.

Le sélecteur de candidat: un outil rentable?
 
Le Helsingin Sanomat a le quasi monopole en presse nationale. Il est lu par 1 Finlandais sur 5.
Outre le service rendu à l'électeur, le sélecteur de candidat est un atout supplémentaire pour vendre de la publicité dans ces pages. Le journal a observé une hausse de 10% du trafic sur son site.