Liban, casse-têtes et gouvernement

POLITIQUE Un nouveau gouvernement libanais vient d'être mis en place...

David Hury, correspondant à Beyrouth

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Le nouveau gouvernement d'Union nationale au Liban, le 9 novembre 2009, au Palais présidentiel. Un gouvernement de désunion, selon la presse locale.
Le nouveau gouvernement d'Union nationale au Liban, le 9 novembre 2009, au Palais présidentiel. Un gouvernement de désunion, selon la presse locale. — Mohamed Azakir / Reuters

«Alors, c’est qui notre nouveau ministre?», demande Nada, fonctionnaire dans l’une des annexes du ministère de la Culture. Ali, l’un de ses collègues, fait la moue: «Je ne le connais pas, c’est un Forces libanaises.» Ce mardi matin, la composition du nouveau gouvernement libanais est sur toutes les lèvres, et le portrait de Saad Hariri, le Premier ministre désigné fin juin, sur toutes les unes de journaux avec le même «ouf!» de soulagement.

Le 7 juin dernier, la majorité sortante remportait des législatives très serrées. Quelques jours plus tard, le président de la République Michel Sleimane confiait au fils de Rafic Hariri, ex-Premier ministre assassiné en février 2005, la tache de former un gouvernement. Le bras de fer aura donc duré tout l’été, pour finalement trouver son épilogue entre samedi et lundi dernier. D’ultimes tractations entre Hariri Junior et les ténors de l’opposition et de sa majorité ont permis d’accoucher d’une formule magique que les Libanais n’attendaient même plus. «Franchement, poursuit Ali, nous vivons depuis des mois, des années même, sans gouvernement efficace. Qu’est-ce que ça va changer aujourd’hui?»

Au travail

Lundi soir, au palais présidentiel, Hariri a promis de se mettre au travail: «Ce gouvernement d’Union nationale est à l'image du Liban actuel. Aux yeux de certains, c'est une image qui reflète les divisions confessionnelles et politiques. Mais il faudrait que nous prouvions au monde entier qu'aux yeux des Libanais, c'est l'image réaliste de la véritable entente nationale.»

Le premier casse-tête de Hariri est donc terminé. Conformément à l’accord de Doha de mai 2008, la majorité a nommé 15 ministres, l’opposition 10 et le président 5, le chef de l’Etat jouant le rôle d’arbitre. Parmi ces 30 ministres, il a fallu respecter le délicat équilibre confessionnel libanais: maronites, sunnites et chiites sont représentés, mais aussi les druzes, les grec-catholiques, les grec-orthodoxes, les arméniens… Hariri a surtout dû maintenir la cohésion de propre son camp tout en prenant en compte les desiderata de Michel Aoun, pilier de l’opposition et allié du Hezbollah.

En attendant le Tribunal international


Un deuxième casse-tête se présente maintenant: faire fonctionner cet attelage hétéroclite, composé d’hommes et de femmes – il y en a deux – aux idéologies divergentes sur la définition même du Liban, sur l’économie, sur les libertés individuelles… Le tout dans un contexte régional dans lequel le poids du dossier iranien se fait sentir sur au Liban avec les armes du Hezbollah, revenues sur le devant de la scène la semaine passée après l’affaire du Francop arraisonné par la marine israélienne. Sans oublier l’autre dossier qui régit la vie politique libanaise depuis 2005 : le Tribunal spécial de l’Onu chargé de juger les responsables présumés de l’assassinat de Hariri père. L’automne s’annonce compliqué.