«La réunification du pays a été plus difficile qu'espérée»

ALLEMAGNE Berlin fête, aujourd’hui, le 20e anniversaire de la chute du mur. L'historien Frédéric Taylor, auteur du «Mur de de Berlin» répond aux questions de 20 Minutes...

Propos recueillis par Armelle Le Goff

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Un millier de dominos colorés tomberont ce soir pour symboliser la chute du mur.
Un millier de dominos colorés tomberont ce soir pour symboliser la chute du mur. — J. MACDOUGALL / AFP

Quels sont les événements qui ont concouru à la chute du mur, le 9 novembre 1989?

La principale raison, c'est la banqueroute de l'Etat est-allemand. Mais, sur le court terme, une conjonction de facteurs a participé à faire tomber le mur, notamment l'ouverture, en mai 1989, de la frontière entre la Hongrie et l'Autriche. Des milliers d'Est-Allemands en ont profité pour passer à l'Ouest. Le gouvernement de RDA a voulu assouplir les conditions de circulation, mais, pour la population, cela n'était pas suffisant. Le 9 novembre, le comité central a annoncé la délivrance sans conditions de visas pour les particuliers. «Ouverture des frontières en RDA», ont annoncé les médias occidentaux. Du coup, les Allemands de l'Est qui regardaient les chaînes de RFA ont convergé par milliers vers le mur. A minuit, la frontière était ouverte.

Sans Mikhaïl Gorbatchev, secrétaire général du Parti communiste de l'URSS depuis mars 1985, pensez-vous que les choses auraient pu être plus sanglantes?

Sans aucun doute. Gorbatchev avait très clairement dit qu'il ne voulait pas d'intervention armée contre les manifestations qui se multipliaient en RDA depuis mai 1989 et les élections communales truquées. C'était une rupture, Gorbatchev appartenait à une autre génération. Pour la majorité des dirigeants soviétiques qui l'ont précédé, l'Allemagne était, à cause de la Seconde Guerre mondiale au cours de laquelle tant de soldats russes ont péri, un dû.

La réunification s'est-elle bien passée ?

La réunification était inévitable parce que l'économie est-allemande était au bord de l'effondrement. Mais c'est un processus qui s'est avéré beaucoup plus difficile qu'espéré. Certaines régions de l'Est comme celle de Leipzig se sont très bien développées, mais d'autres restent très en retrait. Là, sont nés des groupes néonazis qui, telles de petites mafias, contrôlent tout. Il y a aussi du ressentiment de part et d'autre, et je crois qu'il faudra encore longtemps avant que les populations soient vraiment heureuses de vivre réunies.

Le fait qu'Angela Merkel ait grandi en Allemagne de l'Est est-il une bonne chose pour apaiser les difficultés que vous venez d'évoquer?

Elle est une figure de la réunification, et je crois que c'est aussi pour cette raison qu'elle a été réélue. En Allemagne de l'Est, les gens pensent qu'elle les comprend. Et, économiquement, elle parle le langage de l'Ouest. Au niveau international, elle a le même statut. Elle s'entend bien avec Barack Obama, mais elle parle russe et comprend les Russes comme personne. Elle est un trait d'union entre l'Ouest et l'Est.