« Les gens sont différents, je me sens comme une étrangère »

TEMOIGNAGE Pauline Horn a dû quitter sa région de l'Est...

Recueilli par P. A.

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Pauline Horn est une jolie blonde au regard triste. A ses 18 ans, elle a quitté Ebersbach, sa chambre aux tons pastel et sa mère, Monika. Destination: les lotissements bien ordonnés de Düsseldorf, à 700 km d'Ebersbach, où elle suit une formation d'aide aux personnes âgées.

«Je ne veux pas célébrer mon anniversaire à l'Ouest.»

Paulina n'avait aucune envie de partir, mais elle devait gagner de l'argent. «Elle avait envoyé plus de cinquante candidatures dans la région.» Aucune réponse. Dans sa classe, toutes ses copines aussi sont parties. Elle rentre deux fois par an à Ebersbach. Sur le calendrier que Pauline a fabriqué et offert à ses parents pour Noël, chaque mois correspond à une photo d'elle. Elle a même écrit: «Je ne veux pas célébrer mon anniversaire à l'Ouest.»

Paulina souffre du Heimat-weh, comme on dit outre-Rhin, le mal du pays. Elle dit se sentir «seule», et téléphone tous les jours à sa mère. «A l'Ouest, je me sens comme une étrangère. Les gens sont différents: j'ai mis du temps à me faire des amis. Chacun est plus individualiste, dans son coin», explique-t-elle.

Selon un sondage réalisé par un institut de Leipzig, vingt ans après la chute du mur, plus de la moitié des Ossis continuent de se considérer comme «des citoyens de seconde zone».